MONCÉNIGO, LES SENATEURS, PLUSIEURS OFFICIERS
MONCÉNIGO.
Illustres sénateurs , bannissez vos alarmes :
Au bruit de son péril , Venise a pris les armes -,
Ces torrents imprévus de nouveaux révoltés ,
Othello dans leur cours les a tous arrêtés.
Ce feu, long-temps cou vert, qui vient de nous surprendre,
Dans Vérone allumé, s'irritait sous sa cendre;
Mais, perdu dans les airs , ce feu sans aliment
N'aura produit pour nous que l'effroi d'un moment.
Contre ces révoltés, oui, le ciel se déclare;
Et bientôt la victoire...
78 OTHELLO
SCEJNE II.
LES PRÉCÉDEiXTS, PÉZARE.
MONCÉ.VIGO.
Est-ce vous , cher Pézare?
Dij^ne ami d'Othello , c'est à vous de conter Par quels traits sa valeur vieut encor d'éclater. Le salut de Venise est son heureux ouvrage.
PÉZARE.
Que vos yeux n'ëtaient-ils témoins de son courage I Les rebelles entraient , et, pour les repousser, A leurs flots menaçants il court seul s'opposer. La foudre est moins rapide. Il s'élance, il s'écrie : « Amis, secondez-moi, défendons la patrie. » Citoyens et soldats, tous, dans un même instant , Semblent n'être qu'un homme et qu'un seul combattant- A ces traits , à ce teint dont, sous un ciel sauvage , Le soleil africain colora sou visage, A ses exploits surtout, nous volons sur ses pas , Fiers de suivre un héros vainqueur dans les combats. Le chef des révoltés, dont la perte s'avance , Craint le sort du combat, l'arrête avec prudence. Il se saisit d'un poste où ses heureux efforts Suspendent nos succès et nos premiers transports! Mais nous aurons bientôt abaissé son audace. Ces rebelles soumis vont demander leur grâce. Je cours les observer : s'ils tentaient un combat , J'aurais du sang encore ù donner à l'état.
11 sort.