II
OTHELLO
Que mon sang tout à coup s'arrête dans mon cœur !
HÉDELMONE.
Ton cœur est donc heureux?
J'ai souvent sur ma tête Entendu les fureurs, les cris de la tempête; J'ai vu le fond des mers , les flots audacieux S'y perdre avec l'éclair, s'élancer jusqu'au cieux. Le calme était bien doux après ce bruit terrible. Mais qu'il n'approche.point de ce bonheur paisible , De ce bonheur profond , sans bornes , inconnu , Où nul homme avant moi n'est jamais parvenu ! Je crois , à ces transports , que mon âme ravie Consume en un instant le bonheur de ma vie. A peine tout mon cœur suffit à le sentir. Ah! c'est dans ce moment que je devrais mourir. Toi, qui connais mes vœux, exauce ma prière*. Daigne à cette orpheline , ô ciel, servir de père ! Par moi , par mon amour , rends heureux ses deslins Tu ne l'as pas remise en de barbares mains. Pour garder ce trésor, pour mériter sa flamme , Donne-moi les vertus dont tu paras son âme! Fais qu'en lui ressemblant je puisse mériter Tout l'excès d'un bonheur que j'ai peine à porter !
FIN DU PREMIER ACTE