SCENE VIL CLAUDIUS, POLONIUS
CLAUDIUS
Le prince vient enfin de rompre le silence.
II me quitte à l'instant. Sans pouvoir se dompter,
Sa fureur à mes yeux vient enfin d'éclater.
II en veut à mes jours, et déjà sa colère
S'apprête à me punir du trépas de son père.
Il prévoit ses périls ; mais , dans son vain courroux,
Sans pouvoir s'y soustraire, il sentira mes coups.
Ah ! je n'attendrai pas que ses sanglants caprices
Me livrent sans défense à l'horreur des supplices.
Ne perdons point de temps , il faut le prévenir.
Le conseil , tous les grands vont-ils se réunir ?
POLONIUS
On n'attend plus que vous -, rendez ce jour funeste
A cette ombre de prince , au parti qui lui reste.
Vous verrez en ce jour vos destins décidés -,
Mais vous êtes perdu si vous ne le perdez.
Norceste dans la ville a jeté les alarmes ;
Aux partisans d'Hamlet il fait prendre les armes.
Je n'en saurais douter , vos périls sont affreux :
Ils vont fondre sur vous ; marchez au-devant d'eux.
CLAUDIUS
0 ciel , autour de moi que de périls ensemble ! Le trône est sous mes yeux, je le touche, et je tremble! Tantôt j'étais tranquille , et tout vient m'agiter. Quel pas je vais franchir I quel coup je vais tenter !
POLONIUS
Hésiter, c'est vous perdre; et si bientôt vous-même Ne ramenez le sort par votre audace extrême -,