ACTE IV, SCÈNE VII
Si , prompt à vous trahir, lent à vous protéger, Vous tardez d'un moment...
CLAUDIUS
Eh bien ! tout va changer.
Agissons , il est temps.
POLONIUS
Seigneur, daignez m^en croire, C'est un instant bien pris qui donne la victoire. Pour vous tous vos amis vont voler au trépas. Osez, je réponds d'eux.
CLAUDIUS
Je suis sur des soldats.
Le conseil...?
POLONIUS
Vous attend : une garde fidèle En protège l'enceinte, et je vous réponds d'elle.
CLALT)IUS.
Entrons donc au conseil... Surtout que mes amis Songent bien aux discours qui m'ont été promis. Dès que j'annoncerai que la reine elle-même Ordonne que son fils se place au rang suprême , A peine aurai-je feint par mes empressements D'appeler sur Hamlet vos vœux et vos serments, Que les uns aussitôt, m'opposant son délire, Présagent les malheurs qui menacent l'empire Si par ses noirs accès autant que par ses lois Ce monarque en démence insultait aux Danois; Que d'autres , pour Hamlet se parant d'un faux zèle , Le perdent en feignant de prendre sa querelle; Et qu'enfin réunis d'une commune voix Ils déclarent Hamlet déchu du rang des rois. Alors , que le conseil , d'une ardeur empressée, Retrouvant , dans le cours de ma gloire passée , La vertu d'un monarque et le cœur d'un soldat ,
6o HAMLET.
Me force d'accepter les rênes de l'état.
Et moi, comme étouué de ces nombreux sufirages,
Me refusant d'abord à ce concours d'hommages ,
Tu me verras enfin céder à ce torrent ;
Je plaindrai même Hamlet-, d'un œil indifférent
Je feindrai d'accepter ce pesant diadème,
Ce rang d'où je l'aurai précipité moi-même.
POLONIUS
Quand le conseil soumis à vos ordres sacrés Vous aura de ce trône aplani les degrés, Maître du sort d'Hamlet, que ferez-vous encore? Redoutons les transports d'un peuple qui l'honore : Il peut s'armer pour lui.
CLAUDIUS
Ses efforts seront vains.
Au sortir du conseil j'achève mes desseins. De grands et de soldats une nombreuse élite En foule sur mes pas vole et se précipite ; Ils me proclament roi. Ce coup inattendu Etonne, et me soumet ce peuple confondu. J'entre dans le palais. Tout frémit à ma vue. Je ne crains plus les cris d'une mère éperdue -, Je fais saisir Hamlet. Qu'il aille sans retour Achever ses destins dans l'ombre d'une tour.
POLONIUS
Mais ne craignez-vous pas que cette violence Des Danois tôt ou tard n'éveille la vengeance ? De là que de périls cachés ou menaçants , De partis pour Hamlet sans cesse renaissants I Mais si jamais le sort entre ses mains vous livre. . .
CLAUDIUS
Un roi dépossédé n'a pas long-temps à vivre -, Il est perdu surtout si l'on s'arme en son nom , Et son tombeau jamais n'est loin de sa prison.