‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 367 sur 489 · ACTE IV, SCENE I. iî · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I. iî

PÉZARE.

0 mon cher Othello , craignez la jalousie !

OTHELLO

Par un si vil tourment je serais agité I

Je cherche seulement à Toir la vérité.

Dis : crois-tu qu'en efï'et, dans l'ardeur qui l'anime-,

Ce jeune homme d'un rapt ait médité le crime?

J\e me déguise rien. Parle : que penses-tu?

Serait-ce lui ?

PÉZARE.

L'amour fait taire la vertu j Son pouvoir nous entraîne, et la pente est facile. Tu frémis , Othello I

Qui? moi ! je suis tranquille.

Tu crois donc...

PÉZARE.

Que c'est lui qui seul a , dans ce jour , Par sa coupable audace outragé ton amour.

OTHELLO

S'il faut qu'à ce rival Hédelmone infidèle Ait rerais ce bandeau !... Dans leur rage cruelle , Nos lions du désert, sous leurs antres brûlants, Déchirent quelquefois les voyageurs tremblants... Il vaudrait mieux pour lui que leur faim dévorante Dispersât les lambeaux de sa chair palpitante Que de tomber vivant dans mes terribles mains. PÉZARE.

Ah ! tu m'as fait frémir !

OTHELLO

Il suivra ses desseins!

De ses feux tôt ou tard j'acquerrai quelque indice j Et moi-même, à mon fchoix lui trouvant un supplice. Je veux le voir alors soufïiant , inanimé,

12,4 OTHF.LLO.

El l'ofliiv tout sanglant aux yeux qui l'ont charmé.

PÉZARE.

Malheureuse Ilédelmone! hëlas! dans sa furie , Le cruel Othello t'arracherait la vie!

OTHELLO

Jamais, jamais.

PÉZARE.

Ingrat I pesez donc entre nous , Avant de la juger, ce qu'elle a fait pour vous. Elle aime. Eh qui? Parlez ! Prouvez-moi sa tendresse Pour ce jeune étranger qu'aveugla son ivresse. Rendrez-vous la beauté comptable désormais Ou des feux qu'elle inspire, ou des maux qu'elle a faits T Sur un frémissement la croyez-vous perfide ? Un bandeau n'orne plus con front jeune et timide : Sur un pareil témoin pouvez-vous la juger? C'est sa gloire et son cœur qu'il faut interroger. D'un cœur né généreux voilà le privilège. Sur la beauté trompeuse et que le vice assiège

On ouvre un œil jaloux , défiant, prévenu :

Quand elle est vertueuse , on croit à sa vertu.

Que reprocherez-vous à la tendre Hédelmone? Un père que pour vous sa faiblesse abandonne^

Il n'est plus, Othello, qu'un seul conseil pour vous.

Les rebelles soumis ont fléchi les genoux :

Com*ez servir l'état sous le ciel de l'Asie;

Oubliez et Venise et votre jalousie.

Je crains plus vos transports et leur fougueuse horreur

Que nos volcans en flamme et nos mers en fureur.

Emmenez Hédelmone ou fond delà M orée :

Là , que l'hymen vous livre une épouse adorée.

Là, par de grands exploits vous faisant applaudir ,

Forcez de ses refus Odalbert à rougir.

Au vain orgueil des noms opposez la victoire ;

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