‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 366 sur 489 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

PÉZARE. *

Non. Mes regards ici, dans un endroit trop sombre, N'avaient pu distinguer ses traits cachés dans l'ombre. Mais tandis qu'à l'autel un trouble furieux Egarait et ton bras, et ton cœur, et tes yeux, Dans un moment d'oubli , sous son masque perfide J'ai remarqué les traits d'un jeune homme intrépide , Désespéré , terrible , et qui , dans son transport, JVe voulait qu'obtenir Hédelmone ou la mort. J'ai présents à l'esprit tous les traits de ce traître , Et je le connaîtrais, s'il venait à paraître.

OTHELLO

Mon ami , je te parle avec tranquillité :

L'orgueil de ses erreurs ne m'a jamais flatté.

Je vois dans Hédelmone éclater la jeunesse ,

La splendeur de son sang , la beauté , la tendresse;

Je compte sur son cœur*, mais enfin je conçoi

Qu'elle eût pu s'enflammer pour un autre que moi.

Un soldat , dès l'enfance élevé dans les armes ,

N'a point d'un jeune amant et la grâce et les charmes ;

Et quand un autre hymen aurait tenté ses yeux...

PÉZARE.

Nos palais ^ il est vrai, sont pleins de ses aïeux. L'orgueil de la beauté , l'orgueil delà naissance, D'un âge qu'on séduit l'ordinaire inconstance, Un père à désarmer, l'offre d'un autre époux , Que sais-je... A quelle idée , ô ciel , vous livrez-vous?

OTHELLO

Je pense qu'Hédelmone, et si jeune et si belle. Ne peut, quoi qu'il en soit , ne m'être pas fidèle.

PÉZARE.

Moi... je le pense aussi.

Tu le crois.

22 OTHELLO

, PÉZARE.

Dans ce jour, Sa démarche, Othello, t'a prouve son amour.

OTHELLO

C'est ce que je me dis... Tu veux parler?

PÉZARE.

Ton âme Epia dans ses yeux les progrès de sa flamme : Ses yeux t'évitaient- ils ?

OTHELLO

Oui j mais dans leur refus Souvent c'était alors qu'ils me cherchaient le plus.

PÉZARE.

C'est ainsi qu'en naissant , dans une jeune amante ,

Se cache et se trahit une flamme innocente.

Tu ne sens donc plus rien qui te puisse troubler?

OTHELLO

Non... rien.

PÉZARE.

Achève, ami.

OTHELO, à part.

Je n'ose lui parler.

PÉZARE.

£h bien ?

OTHELLO

Lorsqu'à l'autel, venant pour la conduire, le cherchais dans ses yeux l'amour qu'elle m'inspire , Elle éprouva soudain un long saisissement. D'où lui naissait ce trouble et ce frémissement? Pourquoi déjà son front , osant me faire injure , A-t-il de mon bandeau dépouillé la parure? Pourquoi son cœur enfin , avec tant de vertu , Toujours sur ce jeune homme avec moi s'est-il tu? D'où vient cette douleur dont elle était saisie?

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