SCENE I
HÉDELMONE , seule.
Je sens sous le sommeil s'affaisser ma paupière ,
Et mon œil cherche en vain le palais de mon père.
Me yoilà seule, ô Dieu ! D'où me vient cet effroi ?
Le charme de l'amour n'est-il plus avec moi ?
De noirs pressentiments mon âme est pénétrée.
Dans cette triste chambre à peine suis-je entrée ,
Qu'un soudain tremblement a paru m'avertir. . .
-Si j'étais condamnée à n'en jamais sortir !
D'où vient donc que le sort s'attache à me poursuivre?
Me faudra-t-il si jeune, hélas ! cesser de vivre?
Avec un frémissement subit et involontaire.
Qui vient ici ?
i56 OTHELLO.
scÉrsE II.
HÉDELMONE, HERMANCE.
HERMANCE
C'est moi. D'où vien^ cette terreur?
Craignez-vous d'Othello quelque injuste fureur?
HÉDELMOiXE.
Non , je ne le crains pas: je l'aime.
HERMANCE
Son langage , Son air vous semble-t-il annoncer quelque orage?
HÉDELMONE.
Hélas ! il m'a parlé de calme , de repos,
D'un long sommeil de paix qui finit tous nos maux
J'ai peine à m'expliquer ce qu'il m'a voulu dire.
HERMANCE
Mais dans ses yeux du moins les vôtres pouvaient lire.
HÉDELMONE.
Ses regards un moment se sont fixés sur moi , Et son sourire affreux m'a fait frémir d'effroi.
Qui peut donc altérer ainsi son caractère?
HÉDELMONE , avec Une 'profonde mélancolie. Voici bientôt le jour où j'ai perdu ma mère.
HERMANCE
Pourquoi chercher vous-même à croître vos ennuis?
HÉDELMONE.
Sa chambre ressemblait à la chambre où je suis.
HERMANCE
Se peut-il !..