SCÈNE IV
HÉDELMOiVE, endormie; OTHELLO.
OTHELLO
Oui , je me le promets ; oui , ma fureur peut-être M'entraînerait trop loin : j'en veux être le maître. Non, tune mourras point... Que ces sombres clartés L'embellissent encore à mes yeux enchantés I Regardant la lampe.
Ah! pour ressusciter cette flamme mortelle, Je puis d'un feu nouveau retrouver l'étincelle ! Regardant Hédelmone.
Mais ce feu créateur qui sert à Tanimer, Si je l'avais éteint , comment le rallumer ?
i42 OTHELLO.
Avec quel souffle pur je l'entends qui respire !
Un charme tout-puissant vers elle encor m'attire.
Va , ce sang dans mon cœur que tu viens d'accabler,
Ce sang, hélas ! pour toi voudrait encor couler !
Oui, dans ces noirs cachots, dans ces muets abymes
Où Venise engloutit le coupable et ses crimes ,
Sans me plaindre un moment , privé de tout secours ,
Tel qu'un reptile impur , j'aurais traîné mes jours.
Mais avec tant d'horreur voir trahir ma tendresse !
Employons à mon tour le courage et l'adresse.
Voyons comment, perfide avec naïveté ,
Ce front pourra s'armer contre la vérité.
Mais pourquoi de son crime accabler la parjure?
Mon malheur est certain ; je connais mon injure.
Oublions tout -, mourons.
HÉDELMONE.
Dieu ! qu'est-ce que je vois ?
Est-ce vous, Othello?
OTHELLO
Rassurez- vous , c'est moi.
HÉDELMONE.
Quel sujet (pardonnez ma surprise inquiète ) Vous fait chercher si tard ma paisible retraite?
OTHELLO
Je venais près de vous , en secret agité , Reprendre un peu de calme et de tranquillité.
HÉDELMON^E.
Eh ! quel trouble si grand à me voir vous excite ?
OTHELLO
L'amour traîne souvent quelque crainte à sa suite.
HÉDELMONE.
Doutez-vous de mon cœur?
Moi!... non.