ACTE V, SCÈNE VI. i5i
L'exécrable Pézare, était votre ennemi.
Brûlant pour Hédelnione , il déguisait sa flamme, Cachait les noirs projets concentrés dans son âme. C'est lui qui , dans ce jour, paraissant vous servir, Même au pied des autels voulut vous la ravir. Il fit craindre à vos feux un rival redoutable, Supposa son trépas , feignit par cette fable D'avoir trouvé sur lui , pour prouver ses desseins , Un billet, un bandeau qu'il remit en vos mains. Hélas ! mon fils le crut votre ami le plus tendre : A ce titre, en secret , il le chargea de rendre A la seule Hédelnione un bandeau précieux , Un billet qu'il fallait écarter de vos yeux. N'ayant pu l'enlever, ce monstre , ô perfidie ! Voulut par des soupçons aigrir votre furie , Et vous pousser contre elle à des transports jaloux Qui pouvaient vous tromper et la perdre avec vous. Il nous vient d'avouer ses noires impostures. Et son trépas s'achève au milieu des tortures.
En liti montrant son fils.
Voilà votre rival.
LORÉDAN, à Othello. Oui , c'est moi qui pour vous D'Odalbert, né sensible, ai fléchi le courroux. Le sénat, mieux instruit, a vu dans sa colère, Non des crimes d'état, mais la douleur d'un père Qu'une aveugle fureur égarait un moment , Et vient de faire grâce à son emportement. A moi, cher Othello, vous devez Hédelmone. Aimez, vivez heureux : son père vous pardonne; Et rendez grâce au ciel, qui sut vous dérober Au piège épouvantable où vous alliez tomber. OTHELLO, e'yaré, n'ayant rien entendu.
Qu'avez-vous dit?
i52 OTHELLO.
LORÉDAN
Parlez.
HER3IANCE.
D'où vient ce long silence?
Pourquoi?...
OD ALBERT
Ma fille , hélas ! n'est point en ma présence !
OTHELLO
Elle dort, elle dort , ne la réveillez pas.
HERMANCE
Elle court vers le lit , et ouvre les rideaux. On voit le corps
d'Hédelmoae monte, et le sang de sa plaie.
Moi , je vois tout ! 0 ciel !
♦ OTHELLO
Où fuir? où suis-je , hélas !
Hédelmone ! Hédelmone !
MOXCÉNIGO.
0 spectacle terrible !
Tant de vertus... d'attraits...
OTHELLO
Oh ! oui : le ciel sensible
En la regardant, r
V^a me la rendre. . . morte !
OD ALBERT
Ah ! je suis son bourreau î
OTHELLO
Morte I morte î Et c'est moi qui l'ai mise au tombeau !
En la regardant.
Douce et tendre victime ! 0 douleur ! ô furie !
Pour jamais ! pour jamais arrachez-moi la vie.
Ma femme... mes amis , oIî ! plaignez mes malheurs.
La serrant dans ses bras. 11 se frappe.
Que je t'embrasse encor I Je te rejoins , je meurs.
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE