‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 390 sur 489 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HÉDELMONE, OTHELLO, MONCÉNIGO, LORÉDAX, ODALBERTj des hommes portant des flamheaux.

moncÉnigo , écartant le poignard.

Barbare , que fais-tu ?

Tu vas de ce poignard immoler la vertu.

En lui montrant son Qls.

Cruel ! vois Lorédan.

HÉDELMONE, à Othello.

Parle : ëtais-je innocente ?

Suis-je coupable encor ? connais-tu ton amante?

OTHELLO, à Hédehnone.

Qu'allais-je faire? où suis-je? Ahl de ma propre main, Je dois, pour te venger...

HÉDELMONE.

Jette-toi dans mon sein.

VARIANTES. i55

LORÉDAN

Tu vois , cher Othello , l'amour qui te pardonne*, Mais c'est à ton rival que tu dois Hédeltnone.

OTHELLO

Mon rivaU

LOEJÉDAN.

Je l'étais. Mais , hélas ! ton ami , L'exécrable Pézare, était ton ennemi.

Brûlant pour Hédelmone , il déguisait sa flamme , Cachait les noirs projets concentrés dans son âme. C'est lui qui , dans ce jour, paraissant te servir, Même au pied des autels voulut te la ravir. Il fit craindre à tes feux un rival redoutable , Supposa son trépas , feignit , par cette fabie , D'avoir trouvé sur lui , pour prouver ses desseins , Un billet , un bandeau qu'il remit en tes mains. Hélas ! je le croyais ton ami le plus tendre : A ce titre, en secret , je le chargeais de rendre A la seule Hédelmone un l>andeau précieux , Un billet qu'il fallait écarter de tes yeux. N'ayant pu l'enlever, ce monstre, ô perfidie! Voulut , hélas ! contre elle armer ta jalousie, Et pousser ta fureur à des transports affreux Qui pouvaient t'égarer et vous perdre tous deux.

MONCÉMGO.

Oui , ce mortel perfide, à l'aspect des tortures , Vient de nous avouer ses noires impostures. Vivez , brave Othello ! C'est mon fils qui pour vous D'Odalbert , né sensible , a fléchi le courroux. Le sénat, mieux instruit, a vu dans sa colère , Non des crimes d'état , mais la douleur d'un père Qu'un aveugle courroux égarait un moment. Et vient de faire grâce à son emportement. Je l'ai fait consentir à l'hymen d'Hédelmone.

i56 VARIANTES.

OD ALBERT

Va, c'est dans cet instant mon choix qui te la donne. Othello , je t'aimai , tu dois t'en souvenir : Eh bien ! deviens mon fils -, mes mains vont vous unir. Sois l'appui de l'état , l'honneur de ma famille ; Je m'en remets à toi du bonheur de ma fille.

OTHELLO

Ainsi de tous les maux qu'Othello vous a faits Vous vous vengez tous trois, mais c'est par des bienfaits! Comment envisager, dans ce profond abyme, Mon forfait, vos vertus , ce bras, et ma victime? Ah! ce cœur, en horreur à lui-même , à l'amour, Serait-il digne encor d'He'delmone et du jour ?

ALorédan, A Odalbert.

0 rival que j'admire ! — 0 trop généreux père! Je n'ose devant vous regarder la lumière.

A Hédelmone.

Mais toi , de qui ce fer allait percer le cœur, Oublîras-tu jamais mon crime et ma fureur?

Va , tout est oublié •, va , que ma tendre flamme Remette et le bonheur et la paix dans ton âme.

OTHELLO , à Hédelmone.

Le conçois-tu? Pézare a donc pu nous trahir !

MON'CÉNIGO.

L'état dans ses cachots vient de l'ensevelir.

Tu peux , il le permet, punir sa perfidie :

Tu n'as qu'à dire un mot, c'en est fait de sa vie.

OTHELLO

Tant de bontés, seigneur, ont droit de m'étonner ; Mais je suis trop heureux pour ne point pardonner. Allons ,je crois renaître, et je reprends la vie Pour aimer Hédelmone et servir la patrie.

En montrant Hédelmone.

0 dieux , qui m'accordez le nom de son époux , Laissez-moi m'acquitter envers elle , envers vous ; A mériter vos dons souffrez que je m'applique : Et si des révoltés troublaient la république , S'ils déchiraient son sein, sauvez-la par mon bras , Ou donnez-moi la mort au milieu des combats.

FIX DES VARIANTF.S,

Je joins ici sur le même air ma romance du Saule , mais plus étendue et plus développée que celle qui est chantée au cinquième acte par Hédelmone. J'ai désiré qu'elle formât un morceau séparé. Je lui ai donne' jusqu'à douze couplets , dans lesquels j'en ai fait entrer trois de ceux qui sont chantés sur la scène. Peut-être cette romance sera-t-e!le agréable à quelques personnes , et surtout aux femmes tendres et mélancoliques, qui trouveront du plaisir à la chanter dans la solitude. Elles pourront s'accompagner avec la guitare, la harpe ou le clavecin , sur lesquels il sera très aisé de transporter la musique de M. Grétry.

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