LA FAMILLE ARABE
TRAGÉDIE EN QUATRE ACTES, Représentée pour la première fois en 1 795.
A FLORIM.
Je devais , mon cher ami , te dédier ma Famille arabe. Tu m'eu avais prédit le succès ; tu l'attendais avec impatience : j'ai eu le bonheur de l'obtenir, et tu n'es plus! C'était donc à Florian, que couvre un peu de terre , c'était donc à sa cendre , que |e devais offrir ce douloureux et dernier hommage ! Je n'irai donc plus te chercher à Sceaux , dans le besoin de nous soutenir , de nous consoler l'un l'autre par les charmes si doux de l'étude et de l'amitié ! Je n'irai donc plus , sous ces magnifiques ombrages, t'attendrir par la lecture de quelques nouvelles productions tragiques ! Je m'en souviens , les premières larmes qu'ait fait couler mon Abufar, c'est toi qui les a versées. O Florian ! de quel coup ni'a frappé ta perte imprévue ! Que de regrets elle m'a lais-
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ses ! Songer à l'aller voir, prendre mon
jour d'avance , me mettre en route, approcher, découvrir le village , te surprendre , te sentir tout à coup dans mes bras me nommant avec transport et tenant encore dans ta main la plume chaste et sensible qui n'a jamais rien écrit que pour faire aimer les moeurs et la vertu , tout ce bonheur n'est donc plus pour moi ! Un souvenir consolantme reste. Nos deux cœurs, comme par instinct, s'étaient réfugiés, pour ainsi dire, dans les mêmes climats , dans la même retraite. iNous nous étions placés tous les deux , dans nos ouvrages, sous les tentes des patriarches , dans le désert , au milieu de leurs troupeaux. Oh ! combien ton Éliézer, non encore connu, mais ton chef-d'œuvre, mais ton plus charmant ouvrage , mais écrit sous la dictée des Grâces ou de Fénelon . enchantait autour de moi, cet été , les bosquets solitaires , les hauts peupliers sous lesquels tu m'en fis entendre hi lecture ! Oh ! combien il honore ton âme ! combien il ajoute à ta gloire ! A ta gloire! et je vois le triste cyprès qui couvre ta cendre ! Nimporte ! tu n'es pas mort tout entier. Tes ouvrages sont encore entre les mains des gens de goût. La mère sensible et vertueuse les relit ; sa jeune fille , à son tour, en fait ses délices. Oui, ton nom vivra, il sera immortel; il vivra et surtout il sera aimé. O Florian ! était-ce avant quarante ans que tu devais nous être ravi? Re-
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pose , ô mon ami ! repose , aimable élève de Fénelon , peintre enchanteur de l'innocence*, de la valeur , de l'amour et de la vertu ! Qu'à l'aspect de rhumblc cyprès qui attend ta tombe , le cœur encore ému du souvenir de ta perte et des douces impressions de tes ouvrages , la beauté naissante en approche d'un pas timide et involontaire , avec une douleur muette , avec un soupir , une larme peut-être ; qu'elle dise enfin à sa mère affligée : Voilà le cyprès de Florian ! Que ne puisje , mon ami, y graver ces touchantes paroles qui t'échappèrent quelquefois dans le pressentiment d'une mort trop prochaine : Quand on n^a plus long-tem'ps à vivre, iljaut se hâter à faille du bieti.
Ton ami , DUCIS.
PERSONNAGES
ABUFAR, vieillard arabe FARHAN , son fils.
SALÉMA ,