‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 391 sur 489 · ROMANCE DU SAULE · texte numérisé non relu

ROMANCE DU SAULE

Au pied d'un saule assise tristement , Voyant couler le ruisseau qui murmure, La belle Isaure , en pleurant son injure , Croyait ainsi parler à son amant.

Chantez le saule et sa douce verdure.

Reviens , cruel , de ton aveuglement.

Hélas ! je t'aime , et tu me crois parjure ! Quoi ! c'est l'amour qui charme la nature , Et c'est l'amour qui cause ton tourment ! Chantez le saule et sa douce verdure.

De ce soupçon que ton cœur était loin Quand , sous ce saule, attestant la nature , Je te jurai la flamme la plus pure I Ce bois nous vit, ce ruisseau fut témoin. Chantez le saule et sa douce verdure.

ROMANCE DU SAULE. iSg

Vois ces ramiers si confiants , si doux : C'est leur amour, leur cœur qui les rassure ; Il n'est pour eux ni soupçon ni parjure; Ils sont amants, ils ne sont point jaloux. Chcuitez le saule et sa douce verdure.

Saule, dis-moi, n'est-il pas dans ta fleur Quelque vertu dont la douce nature T'ait fait présent pour guérir sa blessure? ' Ne peux-tu rien pour calmer sa douleur? Chantez le saule et sa douce verdure.

Ah I s'il revient par toi de son erreur. Le ciel m'entend , toujours , je te le jure , Saule d'amour, tu seras ma parure -, Je porterai ta feuille sur mon cœur.

Chantez le saule et sa douce verdure.

Si mon amant devenait inhumain , Ciel I où chercher une retraite sûre?

Saule chéri, qu'a creusé la nature, Ah ! par pitié cache-moi dans ton sein ! Chantez le saule et sa douce verdure.

Toi , qui chantais Isaure et ses appas , Vois-la mourir, et mourir sans murmure.

Mon œil s'éteint, mon front est sans parure : Se pare-t-on quand on touche au trépas ! Chantez le saule et sa douce verdure.

Comme une fleur, je n'eus que deux instants : T'aimer... mourir. Hélas ! mon âme est pure. On t'a trompé -, tu verras l'imposture; Tu la verras... il ne sera plus temps. Chantez le saule et sa douce verdure.

i6o ROMANCE DU SAULE.

Mais le jour baisse, et l'air s'est épaissi; J'entends crier l'oiseau de triste augure; Ces verts rameaux penchent leur chevelure ; Ce saule pleure •, et moi je pleure aussi. Chantez le saule et sa douce verdure.

On dit qu'alors Isaure s'arrêta.

Tout resta mort , muet dans la nature , Le vent sans bruit, le ruisseau sans murmure. Jamais depuis Isaure ne chanta.

Chantez le saule et sa douce verdure.

D'Isaure enfin quel fut le triste sort ! Comment conter cette horrible aventure?

Oui, son amant vint dans la nuit obscure, Et sous ce saule il lui donna la mort. Saule, cyprès, changez votre verdure.

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