‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 401 sur 489 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Dites: pourquoi Farhan,non moins prompt que l'éclair, Sur nos ardents coursiers traversant le désert , Des bords féconds du Nil passant dans la Syrie , Courant , cherchant , fuyant la Perse et la Médie , Par un tourment secret sans relâche agité , Trop serré dans l'espace et dans l'immensité , De déserts en déserts changeant de solitude , Promène-t-il partout sa vague inquiétude? Le vice auprès des mœurs n'est jamais sans effroi. Sans doute il n'a pas cru pouvoir vivre avec moi. Comment m'a-t-il quitté? Sans escorte, sans suite, Comme un vil criminel précipitant sa fuite. Pourquoi? Pour échapper à son coupable ennui ; Pour s'affranchir d'un joug qui pesait trop sur lui; Pour acheter bien cher, trompé par ses caprices , Le tourment des remords , des besoins et des vices. Qu'il ne revienne point , je ne veux plus le voir.

TÉNAÏM.

Mais s'il rentrait un jour, mon frère, en son devoir?

SALÉMA.

A vos genoux bientôt s'il accourait se rendre?

ODÉIDE.

S'il vous forçait enfin à le voir et l'entendre ?

TÉNAÏM.

Mon frère , écoutez-nous.

SALÉMA.

Mon père I

ABUFAR

Non, jamais.

L'ingrat a trop long-temps oublié mes bienfaits. Puisque ta fuite , enfin , m'a fait à ton absence , Loin de moi , malheureux , va porter la présence. Mes filles , c'est à vous, à vous que j'ai recours.

176 ABUFAR

Pour jeter quelques fleurs sur la fin de mes jours* Oui, je rends grâce au ciel, qui m'a donné des filles. Tous ces injjrats bientôt ont quitté leurs familles : Vous , pour notre bonheur, vous restez près de nous. Tous les soins d'une femme ont un charme si doux? Ce sexe est tout pour l'homme 5 il soutient notre enfance. Il prête à nos vieux ans son active assistance. Fait pour aimer, pour plaire, et prompt à s'attendrir. Il nous enjjage à vivre, et nous aide à mourir. Le ciel vous fit exprès pour consoler les pères. Mais, dis : par quels ennuis, à la raison contraires, D'une morne langueur les rapides progrès Accablent-ils ton âme, altèrent-ils tes traits? Pourquoi dans le désert , avec un regard sombre , Seule, et le front baissé, vas-tu chercher dans l'ombre Des ravages du temps quelques débris nouveaux , Et t'asseoir en pleurant sur de tristes tombeaux ? Pourquoi, lorsque la nuit, sur ses immenses voiles, De leur rayon tremblant fait briller ks étoiles. Pourquoi vois-je tes yeux, trop souvent attristés, Regarder pleins de pleurs leurs rapides clartés j Ta main presser ton cœur, et ton regard austère Du ciel avec lenteur retomber sur la terre? Qui donc consterne ainsi ton courage abattu? Ce n'est point le remords qui pèse à la vertu. Le remords naît du crime-, il est fait pour ton frère, Qui méprisa mes pleurs , qui brava ma prière.

SALÉMA.

Il est bien loin de nous.

ABUFAR

Pourquoi m'a-t-il quitté?

SALÉMA.

S'il est dans le malheur!

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