ACTE I, SCENE III
Embrasait de ses feux le sable étincelant , Un Arabe égaré ( ma sœur, c'était ua père ) Cherchait de l'œil au loiu sa tente solitaire. Il n'aperçoit plus rien. Las , triste , épouvanté , Pour lui dans l'unirers nul rivant n'est resté. 0 mes enfants I dil-il, vous reverrai-je encore ? Déjà l'ardente soif le sèche et le dévore. Il n'a pour l'apaiser qu'un seul fruit bienfaisant , Le fruit d'un citronnier, vain secours d'un moment. Il le porte à sa bouche. 0 douleur ! ô surprise I II voit... ciel ! une femme auprès d'un roc assise , Jeune, belle, mourante, et prête à mettre au jour Le oaae tendre et cher d'un malheureux amouri « Ce fruit I ce fruit 1 dit-elle , ou dans l'instaut j'expire, « J'expire avec l'enfant que ma soif va détruire. « — Le voilà, le voilà, lui répond !« vieillard : « Vivez tous deux. » Au ciel il adresse un regard. Il le prie , il le presse -, et ce ciel qu'il conjure , Attendri par ses vœux , vient aider la nature. L'enfant au moment même est reçu dans ses bras. « Vis pour lui, dit la mère. Oui , bientôt tu verras '< Ta femme et tes enfants. Vieillard , sers-lui de pèie. « Par toi qu'il sache un jour à quel prix je fus mère. « Jette un œil de pitié sur ce pauvre innocent. )> Et prenant tout à coup un prophétique accent: « Tu ne vois, poursuit-elle, en ce désert immense, « Que la soif, que la mort, l'espace, le silence. « Tiens , voilà ton chemin. C'est l'Éternel , c'est moi , « C'est ce fruit de mon sein qui va veiller sur toi. '( Vieillard, de cet enfant tu soutiens la faiblesse-, « Cet enfant, à sou tour, soutiendra ta vieillesse. >< Emporte avec ces pleurs , pour les jours malheureux, « La céleste faveur qui vous suivra tous deux. )> Elle expire.
174 ABUFAR
ABUFAR
Et du ciel, un jour, sans qu'elle y pense, Tu crois que la vertu reçoit sa récompense?
SALÉMA.
Mon père, seriez-vous surpris de ses bienfaits?
ABUFAR
La vertu , mes enfants, ne m'étonne jamais.
SALÉMA.
Et cet enfant, mon père, existe-t-il encore?
ABUFAR
Oui.
SALÉMA.
Quel est son destin ?
Le ciel veut qu'on l'ignore?
Du sort de l'orphelin il daigne se charger. Je n'en puis dire plus, c'est trop m'interroger.
ODÉIDE.
Vous pleuriez comme nous.
ABUFAR
Oui , croyez-moi , mes filles , Les bonnes actions protègent les familles. Heureux qui peut, au faible accordant son appui , Mettre un pareil trésor entre le ciel et lui ! Un appui ! J'eus un fils •, j'ai nourçi Son enfance ; Sur un si cher soutien j'avais compté d'avance. Comment croire , en efiet , que des enfants jamais Perdent le souvenir de nos premiers bienfaits ; Qu'ils oublîraient un père! Hélas, dans ma jeunesse, J'ai du mien saintement honoré la vieillesse. S'il m'a fallu le perdre , il a reçu du moins Jusqu'à son dernier jour ma tendresse et mes soins. Mes filles, de sa fuite expliquant le mystère. Peut-être avez-vous lu dans le secret d'un frère.