SCÈNE V
ODÉIDE , PHARASMIN.
PHARASMIN.
Quand il faut vous quitter, quand mon départ s'avance,
Souffrez que Pharasmin goûte au moins le plaisir
Et de vous voir encore et de vous obéir.
Mais quels que soient les lieux où mon destin me guide ,
Je n'oublîrai jamais les bontés d'Odéide.
Fait aux mœurs du désert , heureux de l'habiter,
Je vois avec douleur ce que je dois quitter.
Mêmes goûts, mêmes soins , la commune habitude ,
Tout semble m'enchaîner dans cette solitude.
J'y laisse des objets si chers , si précieux ,
Que je ne puis les voir et croire à nos adieux.
Comment , errant au gré de son âme inquiète ,
Pouvant goûter en paix les biens que je regrette,
Farhan , si loin d'un père et si loin de ses sœurs ,
D'une vie aussi pure a-t-il fui les douceurs?
Pour lui que de malheurs, de périls sont à craindre!
Je gémis sur. son sort.
ODEIDE.
Est-ce à vous de le plaindre ?
Vous ne l'ignorez pas , il fut votre ennemi.
PHARASMIN^
J'ai voulu vainement devenir son ami.
Soit qu'en moi, comme Arabe, il détestât peut-être
Un Persan toujours prêt à ramper sous un maître-,
Soit que de passions sans cesse tom'menté ,
Il m'enviât mon calme et ma tranquillité;
i8o ABUFAR.
Soit qu'en secret jaloux , son œil avec colère
Vît pour moi Taraitié , l'estime de son père ;
Soit caprice, fureur, ou qu'il trouvât trop doux
Le sort et les travaux qui m'attachaient à vous;
J'ai toujours remarqué, dans son regard terrible.
Que son cœur me gardait une haine invincible.
J'en ai gémi tout bas. Mais quelquefois, enfin ,
Dans nos amitiés même il entre du destin.
II m'est cher, cependant , puisqu'il est votre frère.
ODÉIDE.
Toujours l'inquiétude a fait son caractère -, Toujours vers les excès je le vis entraîné. Mais c'est pour la vertu que son cœur était né. 0 malheureux Farhan !
PHARASMIN.
Votre douleur me touche 5 Je gémis du soupir qui sort de votre bouche.
ODÉIDE.
Cependant (car la Perse a des charmes pour vous) Vous n'aurez pas long-temps à gémir avec nous. Vous ne reverrez plus la tribu de mon père , Les fils de Samael , la tente hospitalière , Le sol où croît pour nous le doux fruit du datier. Le vallon du chameau, le désert du palmier, Le chemin du pasteur. Dans l'éclat et la gloire, De ces songes bientôt vous perdrez la mémoire. La faveur de Cambyse , un palais
PHARASMIN.
Je l'ai fui.
Combien j'en ai connu la splendeur et l'ennui I Las de voir de trop près l'éclat du diadème, De me chercher toujours sans me trouver moi-même, Mais sans perdre jamais tous ces vains préjugés, Ces besoins de l'orgueil dont les grands sont chargés,