ACTE I, SCENE V. iST
Entraîné rers les camps , par le droit de la guerre, Sous ce ciel embrasé j'ai suivi votre père. C'est là que, sous ses lois , privé de tout secours , J'ai désappj-is l'orgueil et le faste des cours-, Que, loin du vice heureux, de l'oisive opulence. Soumis à mes travaux, aimant ma dépendance,. A l'école des mœars et de la pauvreté J'ai senti le bienfait de mon adversité. Je fus un homme enfin. Mon épaule tremblante Se courba fièrement sous la hache pesante. J'ai nourri de ma main ce coursier généreux Qui devance les vents ou qui vole avec eux , Que pour l'Arabe exprès la nature a fait naître , L'ami, le compagnon, le trésor de son maître , A toute heure, en tout lieu, lui prêtant son appui , Qui couche sous tente, et combat avec lui. Oh I comme avec plaisir retrouvant ma jeunesse , De la cour sous mes pieds je foulais la mollesse I Dans cette cour servile , hélas ! qu'eussé-je été? J'aurais compté des jours sans avoir existé. Que mon cœur d'un autre œil vit ici la nature! A mes regards bientôt une volupté pure Enchanta le désert où paissent nos chameaux , Les puits où vont le soir s'abreuver nos troupeaux , Les lieux où croît l'encens, où murmure l'abeille , Le toit simple et roulant où le pasteur sommeille , Ce vaste champ des airs par le soleil brûlé , Tout ce que j'aperçois. Vous seule avez peuplé Ces montagnes , ces rocs , ces prés , ce sol aride. Tout l'univers pour moi s'est rempli d'Odéide. Je n'ai connu, senti qu'une captivité.
Tranquille auprès de vous, loin de vous agité, Quand vous charmiez mes yeux , ils vous cherchaient encoie. J'appelais dans la nuit les rayons de l'aurore;
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J'appelais dans le jour les doux rayons du soir.
Enfin je vous voyais sans avoir cru vous voir;
Je vous suivais partout dans le désert errante j
Je recueillais , avide , et d'une bouche ardente ,
Votre soufiQe perdu dans les airs enflammes ;
Mes pas pressaient vos pas sur le sable imprimés.
Vous ignoriez mes feux , mes soupirs et mes larmes.
C'est moi qui vous apprends le pouvoir de vos charmes.
Le ciel a mis pour moi dans le même séjour
La beauté, le bonheur, l'innocence et l'amour.
On dirait que le ciel tous deux nous y rassemble
Pour nous voir, nous aimer, pour y mourir ensemble.
Je ne sais , et je cherche , en des transports si doux ,
Si je vis dans moi-même, ou si je vis dans vous.
Oui , j'obtiendrai la main d'Odéide attendrie ,
Ou je cours dans la Perse oublier l'Arabie.
L'oublier! non , jamais. Un mot peut m'avertir
Si je dois niaintenant ou rester ou partir.
ODÉIDE.
Vous savez , Pharasmin , par quelle obéissance
Nous devons de mon père honorer la puissance.
Sa bénédiction , ce bien si précieux ,
Tous les matins sur nous descend du haut des cieux.
Il aime avec transport la terre qu'il habite ,
Et Pharasmin, hélas! n'est point Samaélite.
Je crains... mais cependant...
PHARASMIN.
Les moments sont comptés.
ODÉIDE.
Quoi ! les chameaux sont prêts ?
PHARASMIN.
Je vais partir.
ODÉIDE.
Restez.