‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 412 sur 489 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Le retient.

FARHAN.

Je respire ! Oh I je puis donc jouir, Mes sœurs , mes tendres sœurs , après ma longue absence j Du plaisir de vous voir ! Combien votre présence Enchante mes regards !... Ce soleil dévorant... Ces sables... des ennuis... le vent, ce cruel vent Du désert... tout m'accable... Ah! je suis plus tranquille. Ces tentes, ces chameaux, cet innocent asyle, L'aspect de Samaël , de ma tribu... je croi Que le bonheur enfin va s'approcher de moi. Mais pourquoi , Saléma , vois-je sur ton visage Des traces de langueur? Pourquoi donc un nuage Obscurcit-il si tôt les jours de ton printemps? Ton cœur paraît souffrir.

ODÉIDE.

Ma sœur, dans tous les temps , Ne fut que trop portée à la mélancolie.

FARHAN.

Eh ! laissez-la répondre.

SALÉMA.

Ahl notre triste vie, Ainsi que ces déserts , nous offre peu de fleurs •, Mais une main prodigue y sema les douleurs.

FARHAN.

A Odéide.

Ah ! Saléma ! — Ma sœur, tu revois donc ton frère Avec plaisir?

ODÉIDE.

Sans doute.

FARHAN, à Odéide.

A toutes deux.

Oh ! viens I... — Que je vous serre Toutes deux sur mon cœur! — Chère Odéide!

192 ABUFAR

ODÉIDE.

Hélas!

Combien j'ai dans l'instant pleuré votre trépas I

FARHAN, àSaléma.

A Odéide, Et tu pleurais aussi ? — Cette nouvelle encore Ne s'est pas répandue , et mon père l'ignore?

ODÉIDE.

Je le crois.

FARHAN.

Si j'étais mort avec son courroux î Ici , pour le fléchir, mes sœurs, je n'ai que vous. Peut-être Ténaïm autant que lui m'abhorre ?

ODÉIDE.

Son cœur vous chérissait, il vous chérit encore.

FARHAN.

A toutes les deux.

Et toi, Saléma, toi? — Vous que j'aimai toujours, Avec mon père ici , mes sœurs, dans vos discours , Vous avez quelquefois parlé de mon absence ?

ODÉIDE.

Il condamna sur vous notre bouche au silence.

Son cœur pour moi de haine est donc bien pénétré ?

ODÉIDE.

La nuit , en vous nommant, hier il a pleuré.

FARHAN.

Pleuré , pleuré ! dis-tu?... Saléma, ta trislesse

Et mes erreurs, sans doute , ont troublé sa vieillesse.

ODÉIDE.

Vous soupirez , mon frère ?

FARHAN , à Odéide.

Ah ! ma sœur, c'est à toi D'adoucir les chagrins qu'il a reçus de moi.

Page 1