‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 421 sur 489 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FARHAN, SALÉMA.

FARHAN, à part, La voilà : je frémis.

SALÉMA, à part.

Je l'aperçois : je tremble.

Ciel, sous tes feux vengeurs que j'expire soudain Plutôt qu'un tel secret s'échappe de mou sein !

FARHAN.

Je vous vois donc... je puis...

SALÉMA.

Farhan , c'est vous !... Mon frère...

Eh bien !... vous l'avez vu.

FARHAN.

Qui donc , ma sœur ?

SALÉMA.

Mon père...

2o4 ABUFAR.

Hëlas ! avez-vous pu soutenir son courroux?

Ma sœur, je l'ai fléchi.

SALÉMA.

J'avais tremblé pour vous.

Des pères irrités la menace est terrible ; Mais leur cœur, grâce au ciel , n'est jamais inflexible. Quels que soient leurs enfants , leur colère envers eux Est souvent la douleur de les voir malheureux.

FARHAN.

De quel mortel , ma sœur, le ciel nous a fait naître I C'est la vertu , je crois , qui vient de m'apparaître. Quels traits et quels discours ! Mais comment l'imiter ?

SALÉMA.

Ah î vous ne voudrez plus , mon frère, le quitter.

Quand vous êtes parti pour ces lointains rivages ,

Votre esprit de nos traits emporta les images ;

Ces souvenirs pourtant, avec tous leurs appas ,

N'ont pas toujours , mon frère , accompagné vos pas.

Mais nous, dans ces déserts, au calme , à la constance ,

Au doux recueillement instruits dès notre enfance.

Dans nos cœurs, avec soin, nous gardons imprimés

Les premiers sentiments qui les ont animés.

Leur tendre affection ne meurt point par l'absence;

Elle vit de regrets , de douleur, de silence.

Ils ne vous ont point dit, ces rivages jaloux ,

Que nos cœurs vous suivaient , qu'ils volaient près de vous

Eh ! comment de si loin concevoir nos alarmes ,

Entendre nos soupirs, se figurer nos larmes?

Vous n'avez pas songé , mon frère, à nos douleurs.

FARHAN.

Hélas! peut-être alors versais-je aussi des pleurs.

SALÉMA.

Tu vois sur ce sommet ces deux palmiers fidèles

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