‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 431 sur 489 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Témoin dans nos climats de ce forfait nouveau , Je jure que mon bras, que ma juste furie, Vengeant le ciel , les mœurs, ma race, ma patrie. Pour épurer les airs , et cet éclat du jour Qu'un monstre a trop souillé par son profane amour, Dans les flots de son sang, l'horreur de la nature, Etoufferont ses feux , laveront mon injure, Et priveront bientôt de ton aspect sacré Le fils, l'indigne fils qui m'a déshonoré! PHARASMIN.

Je tombe à vos genoux.

ABUFAR

Voudrais-tu le défendre ?

PHARASMIX.

]Ve précipitez rien ; daignez au moins m'entendra: Vous vous repentiriez bientôt de son trépas.

ABUFAR

Un monstre ! un criminel !

PHARASMIX.

Non , non , il ne l'est pas; Croyez-moi , j'en réponds. J'ose excuser sa flamme. L'amour innocemment est entré dans son âme. Comment fuir, en effet, vers le piège entraîné, Le plus doux des périls qu'on n'a point soupçonné? Nourri près d'Odéide, il aura, sans alarmes, Laissé son jeune cœur se tourner vers ses charmes ; Il aura cru la voir, sensible impunément , Avec les yeux d'un frère, et non pas d'un amant. Il n'aura pas prévu qu'une amitié si pure Lui cachait un penchant proscrit par la nature ; Qu'il connaîtrait un jour, mais trop tard éclairé , De quel poison fatal il s'était enivré. Oui, souvent ces déserts , dans leur vaste silence, Auront de ses remords reçu la confidence.

ai6 ABUFAR.

Son amour vit encor dans son cœur combattu; Mais il gémit du moins, dompté par la vertu. Moi, plus heureux que lui, plein d'une douce attente, Je n'ai point rencontré ma sœur dans une amante -, Et le destin pour moi, dans ce nouveau sc^our, JV'avait point séparé l'innocence et l'amour. Plaignez, plaignez plutôt sa flamme involontaire. Les eflbrts qu'il a faits , les efforts qu'il doit faire. L'amour le poursuivait-, il l'a craint, il l'a fui. Le bonheur est pour moi, mais la gloire est pour lui.

ABUFAR

Non, tu ne vaincras point le courroux qui m'anime. J'ai lu dans tous ses traits la preuve de son crime. Vois comme dans ton sang il voulait se plonger. Il bravait mon pouvoir, il m'osait outrager I Il suspend ton hymen , ton bonheur, qu'il abhorre.

PHARASMIX.

Je l'attendis long-temps, je peux l'attendre encore. J'étais , je suis toujours heureux de vous servir, Et d'aimer Odéide , et de vous obéir.

Pour murmurer jamais ma tendresse est trop forte. Je reprendrai mes fers , dix ans , vingt ans , n'importe ! L'amour embellit tout , le présent, l'avenir. L'on possède déjà ce qu'on croit obtenir. Mais rendez-nous Farhan. Oui, bientôt, je l'espère. Son respect , ses remords vont désarmer son père. Des cœurs tels que le sien les combats sont affreux-, Mais leurs eflbrts sont grands, sont prompts, sont généreux. Farhan est votre fils : non , jamais , quoi qu'il fasse, Il ne démentira son sang ni votre race ; Non , je ne croirai point que le ciel en courroux Laisse flétrir un sang transmis pur jusqu'à vous. Vous l'avez dit cent fois à moi-même , à vos filles : Les bonnes actions protègent les familles.

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