‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 456 sur 489 · ACTE I, SCENE I. aSi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. aSi

Trop fatal ascendant d'une étoile ennemie ! D'incroyables forfaits devaient marquer sa vie; Et, cruels par pitié, les auteurs de ses jours. Pour le soustraire au crime , au crime avaient recours. Cet innocent, proscrit par le pouvoir céleste , Expirait lentement sous un cyprès funeste; Et , passant par ses pieds, un lien rigoureux L'y tenait suspendu par d'exécrables nœuds. Le sang sortait encor de sa double blessure. Pauvre enfant , qu'as-tu fait? disais-je à la nature. Tu n'auras point connu l'a^yle du tombeau , Le souris d'une mère , et l'abri d'un berceau. J'allais le détacher, lui tenir lieu de père, J'allais... Mes pieds, Arcas , m'attachent à la terre , M'y retiennent sans force , immobile; et les vents M'apportaient sa douleur et ses cris déchirants. Près de là, sous un roc , une horrible Furie Des festons de l'hymen ornait sa torche impie ; Et plus loin , tout à coup , j'observe en frémissant Un sentier qui fumait d'un meurtre encor récent. De ces affreux objets admirant l'assemblage , J'ai cru voir devant moi s'éclaircir un nuage; Mais bientôt, trop instruit, muet, épouvanté, Je reconnus OEdipe et sa fatalité.

Le Cythéron m'offrit son aspect redoutable. Mais , ô trop douce erreur! plaisir inexplicable! Soudain, dans ce palais, encor tout éperdu. Près d'Anliope, ami , cette erreur m'a rendu. Jamais, jamais mon œil ne la vit plus charmante. Arcas, oui, les accents de sa voix si touchante. Timides confidents de sa chaste langueur. Descendaient lentement jusqu'au fond de mon cœur. J'y sentais ce repos , ce bonheur, cette flamme. Garant de l'innocence , enchantement de l'àme ,

Dont jamais n'approcha le remords ni l'eiTrol.

l.e Cylhéron , Arcas , avait fui loin de moi.

J'admirais, enivré d'une volupté pure,

Sa vertu sans orgueil, sa beauté sans parure,

Ses moindres mouvements, par la grâce animés.

Sous un flexible lin mollement exprimés.

Sans transports empressée , et sans art attentive ,

Avec quel doux souris sa tendresse naïve

Sur son sein maternel m'apportait mes enfants!

J'abandonnais ma bouche à leurs bras caressants.

Je respirais , Arcas. Noirci des feux livides.

Ce palais tout à coup s'est rempli d'Euménides.

L'une , en le réveillant , l'œil de rage agité ,

Frappait d'un long serpent mon père épouvanté.

L'autre irritait , Arcas , sa torche étincelante

Sur mes fils renversés, sur leur mère expirante.

OEdipe , se jetant sous leurs flambeaux affreux ,

Conjurait leur fureur par des cris douloureux.

Sa fille encor l'aidait de son bras secQurable.

Cet enfant , ce cyprès , ce lien détestable ,

Ce sentier tout fumant , ce désert plein d'effroi ,

Ce fatal Cjthéron , erraient autour de moi.

Je voyais les ingrats , les traîtres, les impies ,

Tremblants et déchirés sous le fouet des Furies.

Leurs feux vengeurs pleuvaient sur des rois inhumains

Dont les sceptres brûlants s'attachaient à leurs mains.

Là hurlait Tisiphone , et là riait Mégère.

Vers un autel sanglant elle entraînait mon père.

L'armait de son poignard , et , malgré sa langueur.

Hâtait, poussait sa main, la tournait sur mon cœur.

iMon père frémissait en détournant la vue,

Et retirait la mort sur mon sein étendue.

Et la foudre et l'éclair, eu découvrant les cieux ,

Ont tout fait , dans l'instant , disparaître à mes yeux.

ACTEI, SCENE IL ?55

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