‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 462 sur 489 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

J'ëcarte un vain présage; il fuit , il se dissipe. Cet air, qu'un de ses fils semble avoir altéré, Par le père bientôt va donc être épuré. Oui, le ciel nous l'amène, oui, le ciel le contemple. Ce palais , sous ses pas, va devenir un temple. Ah ! je crois , lorsque OEdipe approche de ces lieux , A sa suite , avec lui , voir marcher tous les dieux -, Il y vient sous leur garde , étalant sa misère , Donner ses derniers jours en spectacle à la terre.

EURYBATE.

Vous ne craignez donc pas que le sort en courroux , Que ses affreux destins ne s'étendent sur nous?

THÉSÉE

Va , le plus grand malheur, c'est de fermer mon âme Au cri de la pitié, qui me parle et m'enflamme. Qui l'aurait dit, un jour , que le roi des Thébains Mendîrait les secours du dernier des humains. Allons, courons vers lui : quand il cherche un asyle. Qu'il trouve auprès de nous un port sûr et tranquille. Vénérable vieillard, oh! combien mes douleurs Ont d'avance accueilli ton âge et tes malheurs ! Est-il vrai? je verrai bientôt ton Antigone , Son bras qui te soutient , les pleurs qu'elle te donne , Cette tendre pitié qui l'agile à ta voix , Dont l'ingrat Polynice a méconnu les lois I

EURYBATE.

Thèbe attend son retour: sans amis et sans suite, Qu'il y coure accomplir les destins qu'il mérite.

THÉSÉE

Mais vers le repentir s'il était ramené Par l'aspect imprévu d'un père infortuné ! S'il croyait le fléchir, s'il osait y prétendre!

EURYBATE.

Son père voudra-t-il consentir à l'entendre!

Comment de son courroux vaincra-t-il les transports?

THÉSÉE

On résiste avec peine à l'accent des remords. Ils pourront dans Œdipe éveiller la nature , Et les dieux , à leur tour, oublîront leur injure.

EURYBATE.

Quelquefois leur justice, en voilant ses décrets, A semblé pardonner même aux plus grands forfaits -, Mais on n'a jamais vu que leur longue colère Ait épargné le fils qui put chasser son père.

Va , le plus grand coupable , en leur tendant les mains, A le droit d'attendrir les maîtres des humains. Ainsi que leur pouvoir, leur clémence est extrême. L'homme est plus cher aux dieux qu'il nel'est à lui-même ; Et c'est un attentat envers ces dieux jaloux Que d'oser mettre un terme à leurs bontés pour nous.

11 sort avec Eurybate.

FIN DU PREMIER ACTE

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