‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 472 sur 489 · ACTE II, SCENE IV. ayS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. ayS

THÉSÉE, ail peuple.

Arrêtez, malheureux, ou craignez ma colère. ANTIGONE , à Thésée.

A OEdipe.

Seigneur, je cours à lui. — Mon père , entends ma voix •, Reçois encor mes soins pour la dernière fois. C'est moi, c'est ton soutien, ton guide, ta famille. J'expire si tu meurs.

J'embrasse encor ma fille I AXTIGOXE , à OEdipe.

Ah ! revenez à vous. Thésée est dans ces lieux ; Il contient les transports d'un peuple furieux ; Il prête ses secours à vous, à votre guide.

OEDIPE

Mais quel est son garant?

THÉSÉE , prenaiit et serrant la rnain d' OEdipe. Je fus l'ami d'Alcide.

OEDIPE

Thésée , est-il bien vrai ? Quoi donc , votre bonté Nous accorde un asjle et l'hospitalité?

THÉSÉE

Faut-il qu'un tel bienfait vous frappe et vous étonne! J'ai pour vous le respect et le cœur d'Antigone.

OEDIPE

La tendre humanité ne peut aller plus loin. Les dieux reconnaîtront un si généreux soin. A'^ous offrez tous les deux la vertu la plus pure : L'un honore le trône, et l'autre la nature.

THÉSÉE

Je plains plus que jamais les princes malheureux. OEDIPE .

Qu'allez-vous faire, hélas! prince trop généreux? Le peuple est alarmé : peut-être ma présence

zjG OEDIPE A COLONE.

Entre re peuple et vous romprait l'intelligence.

Sur vous si quelque orage était près d'éclater,

Moi-même à mes destins je pourrais l'imputer.

Yivez-, que votre hymen laisse à votre famille

Quelque appui généreux qui ressemble à ma fille ;

Qu'il égale à jamais par ses félicités

Et ma reconnaissance et mes calamités.

Mon Antigone , allons , conduis encor ton père.

THÉs/iE.

Non , restez*, pour patrie adoptez celte terre.

OEDIPE

Souvenez-Yous de Thèbe.

THÉSÉE

Il n'en est plus pour vous.

L'univers vous poursuit •, le ciel sera pour nous. • Vos malheurs sont vos droits, vos vertus sont vos titres. Entre ce peuple et moi que les dieux soient arbitres.

OEDIPE

Eh bien ! j'obéis donc. Écoutez-moi , grands dieux ! J'ose au moins sans terreur me montrer à vos yeux. Hélas! depuis l'instant où vous m'avez fait naître, Ce cœur à vos regards n'a point déplu peut-être. Vous frappiez, j'ai gémi. J'entrerai sans effroi Dans ce cercueil trompeur qui s'enfuit loin de moi. Vous savez si ma voix , toujours discrète et pure, S'est permis contre vous le plus faible murmure. C'est un de vos bienfaits, que, né pour la douleur. Je n'aie au moïns jamais profané mon malheur. Vous voyez que ce corps et chancelle et succombe : Où daignez- vous enfin m'accorder une tombe? Répondez à ma voix , tristes divinités.

On entend le liviiit de plusieurs tonnerres souterrains , mêlés à des cris de douleur et à des accents lamentables.

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