ACTE III, SCENE II. -Sr
Il ne plaint plus ses maux , il ne pleure que lui. Il plaint son .Intiope et sa famille entière. Ce trop fatal oracle a comblé sa misère. Il croit que son destin porte ici le trépas , Et que c'est Thèbe encor qui renaît sous ses pas. Dans son cœur oppressé sa douleur se rassemble -, Ses antiques malheurs s'y réveillent ensemble. Son calme m'épouvante. Il ne s'est point, hélas ! Ni penché sur mon sein , ni jeté dans mes bras. Pour calmer ses tourments ma voix n'a plus de charmes. De ses yeux desséchés j'ai vu couler des larmes. Ah ! je l'avais prévu , l'instant n'en est pas loin , De son trépas bientôt je vais être té»nioin : Ou, s'il respire encor, nouveaux sujets d'alarmes. Les peuples contre nous vont tous prendre les armes ! Je vois partout la mort , le péril , la douleur; Ce n'est que d'aujourd'hui que je sens mon malheur. Le courage , l'espoir, la force m'abandonne. Dieux ! pour OEdipe encor ranimez Antigone ! Seul, proscrit, fugitif, il n'a que moi d'appui: En veillant sur mes jours , vous veillerez sur lui. Voilà mon dernier vœu, faites qu'il s'accomplisse. Que le même cercueil , s'il se peut, nous unisse : Que nous goûtions du moins, après tant de travaux , Sous un abri commun l'oubli de tous nos maux.
POLYNICE
Ma sœur, il faut ailleurs chercher un autre asyle : Il n'est pas éloigné , la route en est facile. Peut-être nos malheurs calmeront-ils les dieux. Mais redoutons surtout un peuple furieux. S'ils allaient , juste ciel ! s'immoler notre père ! Ne délibérons plus. Tandis que leur colère Ne porte point sur vous ses sacrilèges mains , De Thèbes tous les trois reprenons les chemins.
Oui, déjà déployés , mes drapeaux vous attendent; Mes alliés sont prêts et mes chefs vous demandent. Hâtous-nous de quitter ces funestes climats.
ANTIGONE
Mais vous I par quel revers , si loin de vos états , Implorez-vous ici des armes étrangères?
POLYNICE
Connaissez-vous si mal nos destins et vos frères ! Jugez de la fureur qui doit nous posséder : L'un veut reprendre un sceptre, et l'autre le garder. Mon père l'a prédit, et j'en crois son présage, Le fer partagera son sanglant héritage.
ANTIGONE
Que dites-vous , cruel ! vous me faites horreur I
POLYNICE
Je crois ma destinée et je suis ma fureur. Le ciel à vos vertus devait un autre frère. Il vous fit naître exprès pour consoler un père. Vous avez jusqu'ici, par le sort agités , Confondu vos soupirs et vos calamités.
L'équitable avenir, qui jamais ne pardonne , Confondra les deux noms d'OEdipe et d'Antigone. JVous y serons connus (le ciel l'a prononcé) ,* Vous , pour l'avoir suivi, moi, pour l'avoir chassé. Sous quels noms différents on nous rendra justice! Pour dire un fils ingrat, on dira Polynice.
ANTIGONE
Eh! mon frère, oubliez...
POLYNICE
Je veux forcer, ma sœur , Etéocle à me rendre et le sceptre et l'honneur. Mon père à mes projets résistera peut-être: Tâchez par vos discours de l'aigrir contre un traître. Dans Polynice encor faites-lui voir son sang ,