OEDIPE, THÉSÉE, ANTIGONE
THÉSÉE
Roi, dont l'affreux destin , l'âme forte et profonde, Sont en spectacle au ciel , servent d'exemple au monde , Criminel vertueux dont le front respecté Du trône et du malheur garde la majesté, Lorsqu'au bord du tombeau mon peuple me contemple , J'avais dans mon malheur besoin d'un grand exemple. Vous me l'offrez. Je meurs -, mais , avant de mourir, J'ai vu du moins OEdipe , et pu le secourir. Croirai-je en ces climats qu'acceptant un asyle , Vos jours vont s'achever dans un sort plus tranquille? Les dieux, plus indulgents , en protègent le cours.
OEDIPE
Non, je n'accepte point leurs funestes secours.
THÉSÉE
Ils ont du moins pour vous signalé leur clémence.
OEDIPE
Mais ils ont sur Thésée éteudu leur vengeance.
THÉSÉE
Long-temps le trait fatal a resté suspendu.
OEDIPE
J'arrive, je me montre, et l'oracle est rendu. Pouviez- vous échapper au destin qui m'assiège ! De rivage en rivage, avec moi , pour cortège. Je traîne le malheur, le deuil et le trépas. Le ciel maudit la terre où s'impriment mes pas. Ah ! laissez-moi partir.
THÉSÉE
N'irritez pas ma peine En fuyant un asyle où le ciel vous amène.
OEDIPE
Quel asyle ! un palais où j'ai porté les pleurs , Que Thésée , en mourant , va remplir de douleurs ; Où bientôt tout son peuple, ému par mon approche, Viendra me prodiguer l'insulte et le reproche ; Où la chaste Antiope... Ah ! de vos heureux jours Les dieux se sont hâtés de terminer le cours. Vos maux comblent les miens.
THÉSÉE
Mort cruelle et jalouse.
Qui m'ôtes mes amis, mes enfants, mon épouse... Et quelle épouse , ô ciel ! OEdipe , ah ! quelquefois , Si ies tristes soucis qu'on lit au front des rois Avaient du moindre trouble altéré mon visage , Un seul mot d'Antiope , écartant le nuage , Y ramenait le calme et la tranquillité \ Mon oeil s'ouvrait enfin , j'étais moins agité. Que dis-je? en ces moments , où notre dme plus tendre Dédaignait les discours pour mieux se faire entendre , Un lonfî enchantement confondait nos deux cœurs.