‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 478 sur 489 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

J'aimais , je la voyais , je goûtais les douceurs D'un silence attentif qui la rendait plus belle. Je ne lui parlais pas j mais j'étais auprès d'elle. Et je la perds , OEdipe I

OEDIPE

Infortunés époux , Il manquait à mon sort de retomber sur vous ! Quel bonheur j'ai détruit ! Votre père respire ; Par les plus sages lois vous réglez votre empire; L'hymen n'est point un crime à vos yeux innocents ; Vous pouvez sans frémir embrasser vos enfants ; Ils sont votre espérance, et non votre supplice; Vous n'avez point pour fils un ingrat Polynice. Lorsqu'à votre bonheur tout semblait concourir, Thésée, était-ce, hélas ! vous qui deviez mourir ?

THÉSÉE

Cédez moins aux douleurs de votre àrae abattue.

OEDIPE

Vous me tendez les bras, et c'est moi qui vous tue I

Le ciel a ses desseins -, l'oracle a prononcé.

OEDIPE

Pourquoi loin de vos yeux ne m'a voir pas chassé?

THÉSÉE

A vos rares vertus j'aurais fait cette injure !

OEDIPE

Ignoriez-vous mon nom !

THÉSÉE

J'écoutais la nature.

Pour secourir OEdipe au moins j'aurai vécu.

OEDIPE

OEdipe est accablé ; vos malheurs l'ont vaincu.

THÉSÉE

Vous* vivrez, je le veux : c'est l'espoir qui me reste.

a86 OEDIPE A COLONE.

N'accusez point ici votre destin funeste ;

Souflfrez , mais comme OEdipe -, et , pour dernier effort ,

Mettez votre constance à supporter ma mort.

On trompe mon épouse ; elle est sans défiance :

Daignez de ce mensonge appuyer l'innocence.

OEdipe , vos malheurs, commencés en naissant,

Vous ont aux maux d'autrui rendu compatissant.

Eloignez de ses yeux la vérité cruelle.

Quand je ne serai plus , que vos soins auprès d'elle

Adoucissent du moins Thorreur de mon trépas :

Elle en aura besoin, ne l'abandonnez pas.

Que mes enfants aussi trouvent en vous un père :

Vous devenez pour eux un appui nécessaire.

Hélas I je laisse un fils qui doit régner un jour ;

Formez-le pour son peuple , et non pas pour sa cour.

Loin de lui tout éclat d'une pompe importune!

Offrez-lui pour leçon votre auguste infortune \

Qu'il apprenne de vous ( hélas I vous le savez)

Que les rois au malheur sont souvent réservés;

Qu'esclave du destin , au moment qu'il respire ,

L'homme est dans tous les rangs soumis à son empire.

0 vous qui, condamnant d'ambitieux exploits ,

Voulez d'un grand exemple épouvanter les rois.

Dieux I vous qui m'immolez, lorsque j'efface un crime ,

Attachez vos bienfaits au sang de la victime ;

Regardez ces climats avec un œil plus doux;

Qu'Antiope du moins survive à son époux ;

Consolez sa douleur, soutenez sa faiblesse ;

D'un père malheureux protégez la vieillesse :

Je mets sous votre appui, dans mes derniers instants ,

OEdipe , mes sujets , ma femme , mes enfants.

Cet espoir me soutient à mon heure suprême ;

Je goûte avant ma mort les fruits de ma mort même.

L'honneur en est trop cher, le prix en est trop beau,

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