ACTE III, SCENE V
OEDIPE
Dieux puissants que j'implore !
Dieux ! TOUS que j'invoquais pour sa punition, Enchaînez , s'il se peut , ma malédiction : J'ai calmé mon courroux , calmez votre colère. Viens dans mes bras, ingrat; retrouve enfin ton père. Que le jour un moment rentre eucor dans mes yeux Pour embrasser mon fils à la clarté des cieux !
POLYNICE
Quoi! vous m'aimez encor! Quoi! déjà votre haine!...
OEDIPE
Crois-tu qu'à pardonner un père ait tant de peine?...
Mais, dis-moi, Poljnice, en quel état es-tu?
De quoi l'a-t-il servi de quitter la vertu?
Moi qui, sous l'ascendant de mon destin funeste,
Ai joint le parricide aux horreurs de l'inceste ,
Qui, délaissé des miens, proscrit dès mon berceau.
Ne sais pas même encore où chercher un tombeau.
C'est moi dont la pitié console ta misère.
Et toi , né pour régner sous un ciel moins contraire ,
Détrôné, furieux, errant, saisi d'efifroi.
Tu reviens à mes pieds plus à plaindre que moi!
Ah! vois mieux du bonheur quel est le vrai principe.
L'univers, tu le sais, frémit au nom d'OEdipe-,
Sur mon front, cependant, dis-moi, reconnais-tu
L'inaltérable paix qui reste à la vertu?
Je marche sans remords vers mon dernier asyle :
OEdipe est malheureux, mais OEdipe est tranquille.
Imite, aime ta sœur-, ne l'abandonne pas ;
Et puisque , grâce au ciel, je touche à mon trépas...
ANTIGONE
Que dites-vous?
OEDIPE
Ecoute. Il est temps que je meure 5
Je sens qu'QEdipe enfin touche à sa dernière heure.
ANTIGONE
Mon frère, il va mourir î
POLYNICE
Mon père...
OEDIPE
Mes enfants , Point de cris , point de pleurs , et je vous les défends. Polynice , en tes bras je remets Antigone : C'est ta sœur... c'est la mienne... et je te l'abandonne. Je vais bientôt mourir; elle n'a plus que toi : Fais pour elle , mon fils , ce qu'elle a fait pour moi. Hélas! depuis qu'au jour j'ai fermé ma paupière, Ses yeux n' ont pas cessé de veiller sur ton père ; Elle a guidé mes pas , sans plaintes , sans regrets , Sur les rochers déserts , dans le fond des forêts , Quand le soleil brûlant dévorait les campagnes , Quand les vents orageux grondaient sur les montagnes , N'entendant autour d'elle, à la fleur de ses ans. Que les sanglots d'un père , et le bruit des torrents ; Et si, dans le sommeil , quelque songe exécrable , M'offrant de mes destins la suite épouvantable , Me réveillait soudain avec des cris d'effroi , Elle essuyait mes pleurs , ou pleurait avec moi.
POLYNICE
Ah! ne me parlez plus de ses soins magnanimes.
En peignant ses vertus, vous m'offrez tous mes crimes.
Que le cercueil déjà ne m'a-t-il englouti?
OEDIPE
As-tu donc oublié que tu t'es repenti ?
Vis pour chérir ta sœur, et renonce à l'empire.
POLYNICE
Il est une autre gloire où mon courage aspire.
Dieux ! quel espoir me luit ! Je crois, ma sœur, je croi