‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 484 sur 489 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

POLYNICE

Je VOUS désobéis , j'ose encor vous déplaire.

OEDIPE

De ton indigne voix je saurai m'afifranchir. Qu'attends-tu donc?

POLYNICE

La mort.

OEDIPE

Quoi! tu veux...

POLYNICE

Vous fléchir.

OEDIPE

Avant qU'OEdipe ému s'ébranle à ta prière , L'astre éclatant du jour me rendra la lumière.

POLYNICE

J'approuve vos transports. Mais, seigneur, faites mieux:

Suscitez contre moi les enfers et les cieux;

Du fond de ces enfers appelez les Furies,

Avec tous leurs serpents , leurs feux, leurs barbaries.

Tueurs serpents, leurs flambeaux, leurs regards pleins d'effroi;

Seront de tous mes maux les plus légers pour moi.

Vous avez un vengeur plus prompt , plus redoutable ,

Qui vous sert sans éclat, qui s'attache au coupable,

Dont rien ne peut suspendre et fléchir la rigueur^

Et ce vengeur secret je le porte en mon coeur.

Il est là ce témoin, ce juge incorruptible,

Dont j'entends malgré moi la voix sourde et terrible.

Je le sais , je le dis , rien ne me fut sacré ;

Je fus barbare , impie , ingrat , dénaturé -,

Je ne mérite plus d'envisager la terre ,

Ni ma sœur, ni le ciel , ni le front de mon père :

Mais il me reste un droit que je porte en tous lieux ,

Qu'on ne me peut ravir, que j'ai reçu des dieux ;

Avec eux par lui seul je communique encore :

C'est ce remords sacré qui pour moi vous implore.

Mais , que dis-je? ah ! ces dieux, je les retrouve en vous.

Je les vois , je leur parle , et tombe à leurs genoux.

Ne soyez pas plus qu'eux sévère , inexorable j

Sous vos pieds qu'il embrasse écrasez un coupable.

Mais, avant de punir, avant de m'accabler,

Entendez mes sanglots , sentez mes pleurs couler.

Dans vos bras, malgré vous, oui , je répands des larmes -,

Il faut à ma douleur que vous rendiez les armes.

Mon père...

OEDIPE

Eh bien I

POLYNICE

Je meurs.

OEDIPE

Perfide, éloigne-toi.

POLYNICIC.

Nous le vaincrons, ma sœur : joignez-vous avec moi.

OEDIPE

Que dis-tu?

ANTIGONE

Permettez...

OEDIPE , à Anligone.

Ah! soutiens ma colère j Affermis-la plutôt.

ANTIGONE

Seigneur, il est mon frère.

OEDIPE

Qu'entends-je? où suis-je?... Ociel! si c'était la vertu? Je balance... je doute... Ingrat , te repens-tu? Ne me trompes-tu pas? Puis-je te croire encore?

Je vous réponds de lui*

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