SCÈNE IX
LE GRAND-PRÊTRE, THÉSÉE, OEDIPE, ANTIGONE, ARCAS, PHÉNIX, EURYBATE 5 ANTIOPE, tenant le plus jeune de ses enfants dans ses bras ^ SES AURTES ENFANTS , SUITE DU GRAND-PRÊTRE , GARDES DE THÉSÉE, PEUPLE.
Les portes de l'enceinte du temple des Furies s'ouvrent devant ce templa ; en avant et à découvert , sous la voûte du ciel , on voit un autel consacré à ces déesses. Antiope, ses enfants , les gardes , le peuple et les autres acteurs , se rangent auprès de cet autel.
OEDIPE , au pied de Vautel.
0 mort ! entends ma voix ! Grands dieux, apaisez-vous! J'ai mérité l'honneur de suspendre vos coups. Du trône en expirant j'emporterai l'offense : Mourir pour ces époux , voilà ma récompense. Vous m'avez réservé pour ce noble trépas. Mais le marbre s'ébranle, il frémit sous mes pas. Quel rayon descendu sur ces autels funèbres Me luit confusément à travers les ténèbres! Grands dieux ! pour vous bientôt mon âme va s'ouvrir
3o2 OEDIPE A COL ONE.
A ce jour éternel qui doit tout découvrir !
L'ouvrage est accompli, je peux quitter la terre.
A mes yeux étonnés vous rendez la lumière -,
Votre éclat immortel m'offre un séjour nouveau.
Vous allez en autel convertir mon tombeau.
Tout fuit, le temps n'est"plus',je meurs, je vais renaître.
Je vous suis , je vous vois j vous daignez m'apparaître.
Votre calme éternel succède à mon effroi,
Et Thèbe et Cythéron sont déjà loin de moi.
ANTIGONE
Hélas î
OEDIPE
Que ta douleur, ma fille, se dissipe.
Est-ce au moment qu'il meurt qu'on doit pleurer OEdipe ? J'ai prouvé , grâce au ciel, sans en être abattu, Qu'il n'est point de malheurs où survit la vertu . Mais je sens que mon âme , en dédaignant la terre, A l'approche des dieux s'agrandit et s'éclaire. Il est temps que, sans crainte , oubliant ses forfaits , OEdipe dans leur sein se repose à jamais. Antigone, à ma mort , tu n'es point délaissée. Enfin le ciel m'inspire. Approchez- vous , Thésée. Je vous lègue en mourant , pour protéger ces lieux , Et ma cendre , et ma fille , et la faveur des cieux. Et vous, dieux tout-puissants, si vous daignezm'absoudre. Annoncez mon pardon par le bruit de la foudre j Consumez dans ses feux votre OEdipe à genoux. Il s'offre, il vous implore, il est digue de vous. Soixante ans de malheurs ont paré la victime... Mais quel nouveau transport me saisit et m'anime! Mon esprit se dégage , il n'est plus arrêté. Je tombe , et je m'élève à l'immortalité.
La foudre renverse OEdipe mourant au pied de l'auteJ.
FIN DU TROISIÈME ET DERNIER ACTE