‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 57 sur 489 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

n l'allait reconnaître à ce fidèle indice ?

JULIETTE

Fia vie, ahi que dis-tu ?

FLAVIE

Madame , en ce moment "' J'en conçois malgré moi Theureus pressentiment. Voyez dès lors quel champ s'ouvre à votre espérance : Roméo reprenant les droits de sa naissance 5 Votre père et le sien , cbs rivaux généreux , Unissant leurs maisons par votre hymen heureux ; Et pour jamais enfin votre auguste alliance De leurs sanglants débats étouffant la semence.

Ah ! que mon cœur charmé saisirait ardemment L'espoir inattendu d'épouser mon amant ! Mais, quand je te croirais , quand ce vieillard austère Serait de Roméo le déplorable père, Qu'attendre d'un mortel qu'un horrible dessein Semble avoir fait sortir des bois de l'Apennin ; Qui peut-être , irrité par quelque énorme crime. Descend du haut des monts pour chercher sa victime , Et , calme en apparence , en effet furieux , Amène , à pas tardifs, la vengeance en ces lieux? Je ne sais , mais je tremble à cet affreux présage.

FLAVIE

Et quel sujet , madame , exciterait sa rage? De quelle haine encor sera-t-il animé En retrouvant un fils si tendrement aimé ?

JULIETTE

Mais de mon père , hélas ! si le barbare frère Avait sur ce vieillard épuisé sa colère : Car enfin c'est lui seul qui paya des brigands Pour perdre Montaigu, pour ravir ses enfants. S'il l'eût avec adresse observé dans sa fuite !

S'il se fût attaché pour jamais à sa suite !

Si , cachant sa vengeance , et lent dans sa fureur,

D'un forfait sans exemple il eût conçu l'horreur !

J'ignore ses complots ; mais on sait que dans Pise

Du prince à ses désirs l'âme était tout acquise.

Son art d'un tel créd't savait se prévaloir ,

Et pour commettre un crime il n'avait qu'à vouloir.

Depuis plus de vingt ans il a quitté la vie.

Le sang nous imissait j mais entre nous , Flavie ,

Je sentais , jeune encore , un invincible effroi ,

A son perfide aspect , me saisir malgré moi.

Je ne sais quel instinct , naturel à l'enfance ,

D'un monstre, en le voyant, m'annonçait la présence.

Mon cœur en frémissant se détournait de lui ,

Et son idée encor m'importune aujourd'hui.

Que je hais sa mémoire !

FLAViE.

Oui , je le vois, madame, Un vain pressentiment avait séduit mon âme. Si le sort eût conduit Montaigu dans ces lieux; , Par un autre appareil il frapperait nos yeux ; Il n'aurait pas pour suite un mortel méprisable , De ses destins obscurs compagnon déplorable ; Il soutiendrait le rang dans lequel il est né ; Ses fils, surtout , ses fils l'auraient accompagné. Je me trompais.

JULIETTE

Crois-moi , ma plus douce espérance Est de voir Roméo , de l'aimer en silence. Si le comte Paris prétendit à ma foi , Son amour dédaigné n'attend plus rien de moi. Jaloux de sa grandeur, mon trop superbe père A fondé son espoir sur l'hymen de mon frère. Ah ! qu'il voie en son fils renaître sa maison ;

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