SCÈNE II
ROMÉO, JULIETTE j des SOLDATS j9o/Va«^ des drapeaux.
ROMÉO , aux soldats.
Compagnons de mes heureux travaux , Entrez -, dans ce palais déposez ces drapeaux. Ferdinand m'a permis , pour prix de ma victoire , D'offrir à Capulet ces marques de ma gloire. Il suffit.
Les soldats posent les drapeaux , et se retirent — A. Juliette. Je puis donc, content et glorieux , Madame, avec transport reparaître à vos yeux. Mais quel autre courage , enflammé par vos charmes , N'eût pas porté plus loin la splendeur de nos armes ? I. 8
Vos souhaits, mon bonheur, l'amour m'a soutenu. Pouvais-je, aimé de vous, demeurer inconnu? Etonné de mon sort , sans l'être de ma gloire, J'ai toujours sans orgueil compté sur la victoire. Mais quand j'aurais rangé l'univers sous ma loi, Que le prix de ma flamme est encor loin de moi !
JULIETTE
Nos feux sont , il est vrai , troublés par des alarmes ; Mais enfin , tel qu'il est, notre état a ses cliarmes. Compteriez-vous pour rien ces entretiens si doux ; Ce plaisir de nous voir, toujours nouveau pour nous ; Ce concert de deux cœurs nés pour souffrir ensemble , Que leur malheur unit, qu'un même lieu rassemble, Remplis d'un feu charmant par le sort combattu , Mais accordant du moins l'amour et la vertu ? Fille de Capulet, qui l'eût dit que mon âme Du fils de Montaigu partagerait la flamme ; De ses plus jeunes ans que mon père , au besoin , Lui-même , à son insu , devait prendre le soin ? Ne te crois pas pourtant né d'un sang que j'abhorre : Je naquis Montaigu , puisque mon cœur t'adore. Voilà le sentiment qui doit seul t'occuper.
ROMÉO
Un effroi cependant vient toujours me frapper.
Je t'aime , Juliette ; et comment sans alarmes
Dans tes regards touchants voir briller tant de charmes?
Crois-tu donc , pour sentir leurs traits victorieux.
Que Roméo lui seul ait un cœur et des yeux ?
Si Capulet, hélas (je crains ma destinée ) !
Te proposait bientôt un fatal hyménée ,
S'il allait t'opposer un barbare devoir !
Je connais de tes pleurs l'invincible pouvoir :
C'est à toi , Juliette , à déployer leurs charmes.
Il t'aime, il est ton père, il te rendra les armes.
ACTEI, SCENE II. 91
Daigneras-tu pour lors me prouver ton amour? Mais je le vois.