ACTE II, SCÈNE I. j
Son état déplorable annonçait ses malheurs , Et ses che.veux blanchis ont fait couler mes pleurs. Quel effroyable sort a comblé ses misères ! Je tremble à m'éclaircir du destin de mes frères. Mais, en me retrouvant, son cœur trop enchanté Consentira sans peine à ma félicité.
A notre amour enfin le ciel n'est plus contraire.
JULIETTE
Pourrais-je, Roméo, te faire une prière !
Une prière , ô ciel ! Ah ! connais mieux tes droits , Et donne à ton amant tes souveraines lois.
JULIETTE
Tu vas voir Montaigu; ton âme en sa présence Des doux effets du sang sentira la puissance. Il ne faut qu'un moment : dans un premier transport Tu lui déclarerais ta naissance et ton sort. Et s'il nous conservait une haine éternelle , Aux vœux de Ferdinand s'il se montrait rebelle , Reconnu pour son fils, ton devoir contre nous Te forcerait alors d'embrasser son courroux. S'il se rend , sois son fils et reprend ta naissance -, Mais s'il ne se rend pas , garde eucor le silence. Peux-tu me le promettre ?
ROMÉO
Oui.
JULIETTE
Si dans ce moment Ton amour dans mes mains en prêtait le serment ?
ROMÉO
Je jure par mes feux , par toi , par Juliette , D'exécuter ton ordre et la loi qui m'est faite. Puisse le ciel vengeur , si j'enfreins cette loi , Porter à mon rival ta tendresse et ta foi.
JULIETTE
11 suffit. Mais on vient : c'est le duc et mon père.