‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 90 sur 489 · MONTAIGU, ROMÉO · texte numérisé non relu

MONTAIGU, ROMÉO

ROMÉO

Ah ! que sur nous la foudre éclate et'nous dévore , Plutôt que dans nos cœurs la haine existe encore !

MONTAIGU

Es- tu mon fils?

ROMÉO

Seigneur.... vous me faites trembler.

MONTAIGU

Prévois-tu quels secrets je vais te révéler?

ROMÉO

Que dites-vous?

MONTAIGU

Écoute , et , rassemblant d'avance Ce que l'homme eut jamais de force et de constance, Que ton âme à ma voix se prépare à frémir !

Parlez....

MONTAIGU

Sois immobile , et songe à t'affermir.

Tantôt , sans soupçonner ces terribles mystères , Tu voulais être instruit du destin de tes frères : Ils ne sont plus.

ROMÉO

0 ciel !

MONTAIGU

Loin de ces murs affreux Je crus chez les Pisans devoir fuir avec eux. Hélas ! disais-je , enfin voici donc un asyle , Pour moi , pour mes enfants , rempart sûr et tranquille, D'où n'approcheront plus les pièges du trépas.

i52 ROMEO ET JULIETTE.

La vengeance attentive y marcha sur mes pas"; Un naonstre ingénieux , un tigre impitoyable D'un complot supposé me fit juger coupable, Et sans que du forfait on daignât m'informer , Dans une tour fatale on me vint enfermer.

ROMÉO

Avec vos enfants ?

MONTAIGU

Oui ; prête l'oreille au reste.

Déjà depuis trois jours dans mon cachot funeste Je sentais dans mon sein s'amasser la terreur, Quand d'un songe effrayant la prophétique horreur Offrit à mes esprits la plus fatale image. Je m'éveillai tremblant, plein d'un affreux présage. Je cherchais dans moi-même, immobile et glacé , Quel était ce malheur par mon songe annoncé. Mes fils dormaient; j'y cours : leurs gestes, leurs visages, Sur mon sort tout à coup éclairant mes présages, De la faim sur leur lit exprimaient les douleurs ; Ils s'écriaient : « Mon père ! » et répandaient des pleurs. IS'ous nous levons ; on vient. Nous attendions d'avance L'aliment qu'on accorde à la simple existence. Chacun se tait ; j'écoute ; et j'entends de la tour La porte en mur épais se changer sans retour. Je fixai mes enfants sans paroles et sans larmes ; J'étais mort... Ils pleuraient... Je cachai mes alarmes. Mais lorsque enfin ( soleil , devais-tu te montrer? ) Dans eux tous à la fois je me vis expirer, Je dévorai ces mains. Renaud me dit : « Mon père , '( Vis, tu nous vengeras. >> Raymond, Dolcé , Sévère, M'offrirent à genoux leur sang pour me nourrir, Et chacun d'eux ensuite acheva de mourir.

ROMÉO

Qu'ai-je entendu ! grand Dieu 1

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