SCÈNE I
JULIETTE
Dieu ! qael jour effrayant dans l'épaisseur des ombres Au sein de ces tombeaux répand ses clartés sombres ! Les mânes enchaînés sons ces marbres poudreux Semblent tous m'inviter d'y descendre ayec eux. Je vois avec plaisir, au sein de ces ténèbres , Le jour pâle el mourant de ces lampes funèbres. Cet astre des tombeaux , plus affreux que la nuit , Vient mêler quelque joie à l'horreur qui me suit. Tout parle , tout m'entend dans ce vaste silence. Mon frère ranimé s'éveille en ma présence ; Du fond de son cercueil il me dit : u Hâte-toi , « Goûte enfin le repos qui t'attend près de moi. » C'est donc ici, fjrand Dieu I que la vengeance expjjje., Quele sort est dompté, que la vertUL respire ! Ici nos fiers aïeux , par la haine animés , S'embrassent dans la poudre , unis et désarmés. Je vais leur annoncer que leurs guerres funestes , En moi, de ma famille ont dévoré les restes. Je sors avec dédain d'un coupable séjour Où le ciel a proscrit l'innocence et l'amour. Qu'aurais-je à rep^retter? qu'ai -je vu sur lajterre ? Des haines^, des complots , la trahison , la guerre.
i42 ROMÉO ET JULIETTE.
Un plus doux sentiment m'eût fait chérir le jour,-
Roméo m'adorait... je le perds sans retour.