ACTE IV, SCENE V. 1 5y
ROMÉO
Ah ! ne vous chargez point d'un si noir parricide I
MOXTAIGU.
Laisse là tous ces noms de traître et d'homicide. Mon sort m'a dès long-temps dispensé de ma foi. Ces noms, jadis affieux, n'existent plus pour moi. Quoi ! tu n'es point saisi du transport qui m'agite I L'aspect d'un Capulet n'a donc rien qui t'irrite? Comme un autre homme, enfin , tu peux l'envisager I
Puisqu'il est homme , hélas ! peut-il m'étre étranger ! Mais enfin il est temps de rompre le silence. Vous savez quelle main éleva mon enfance : Faut-il que votre fils , le plus vil des ingrats. Assassine un mortel qui lui tendit les bras? Faut-il que sous mes yeux mon bienfaiteur périsse ? Faut-il qu'à cet excès mon père s'avilisse? Vous allez tout trahir, la justice, la foi. L'humanité , le ciel...
MONTAIGU
On l'a trahi pour moi.
ROMÉO
Différez seulement à laver votre offense. Votre honneur veut...
MOXTAIGU.
Du sang.
ROMÉO
La pitié.
MONTAIGU
La vengeance.
ROMÉO
Ah 1 qu'allez vous tenter ?
MONTAIGU
C'en est trop, et mes coups...
i4o ROMÉO ET JULIETTE.
ROMÉO
Pour la dernière fois je tombe à vos genoux. Ecoulez seulement , seigneur : qu'allez-rous faire ? Révoquez , s'il se peut , un projet sanguinaire -, Epargnez Capulet; voyez -y sans courroux Un vieillard à gémir condamné comme vous. Laissez mourir en paix et le père et la fille. Juliette au cercueil éteindra sa famille : Le jour n'en est pas loin. Pourtant ne c.rpyez pas Que jamais ma douleur ait recours au trépas : Je vivrai, mais pour vous, pour calmer vos misères, Pour vous rendre, à moi seul, toutl'amour demes frères. Au mont de l'Apennin faut-il fuir avec vous ? Partageant vos ennuis , mon sort sera plus doux. A la peine, aux travaux je trouverai des charmes -, J'y défendrai vos jours, ou j'essuîrai vos larmes... Votre courroux, seigneur, me parait suspendu. Grand Dieu I vous m'exaucez -, oui, mon père est rendu ; De la pitié qui parle il entend le murmure -, J'ai trouvé , j'ai vaincu , j'ai surpris la nature.
MONTAIGU
Qui ? moi I j'aurais...
ROMÉO
Seigneur, ne vous défendez pas.
Laissez couler vos pleurs -, souffrez que dans vos bras... MONTAIGU.
Cruel I
ROMÉO
Consultez seul votre cœur magnanime :
11 est fait pour l'honneur, pour détester le crime. L'honneur seul est la loi qu'il vous faut écouter.
MONTAIGU
Laisse-moi.
ROMÉO
Je vous suis , je ne peux vous quitter.
FIN DU QUATRIÈME ACTE