ACTE V, SCÈNE II. i
Montaigu va venir : sous ces voûtes terribles, Qu'il recule à l'aspect de nos corps insensibles. Que mon barbare père , en entrant dans ces lieux , Nous voie avec horreur expirer sous ses yeux. Je ne sais quel pouvoir fatal à l'innocence Dressa dans ces tombeaux l'autel de la vengeance. Il demande des morts, il veut du sang : eh bien I Il sera satisfait -, j'y verserai le mien.
JULIETTE
Arrête, Roméo : la fortune jalouse Ne doit point ni'empêcher de mourir ton épouse. Sur les bords du cercueil , puisqu'il dépend de nous , Laisse-moi te donner le nom sacré d'époux. Hélas ! j'ai bien acquis, dans ce moment suprême. Le droit triste et flatteur de me donner moi-même. Pour amis , pour témoins, adoptons ces tombeaux , Ce marbre pour autel , ces clartés pour flambeaux.
ROMÉO
Que dis-tu?
JULIETTE
C'en est fait. Adieu. Je meurs contente. J'expire entre tes bras ta femme et ton amante. Ah ! donne-moi ta main ! que j'emporte avec moi La douceur d'être unie un moment avec toi.
ROMÉO
Juliette! Elle expire! Ah, Dieu! père barbare ! Ta haine fit nos maux , c'est toi qui nous sépare; Mais malgré toi, cruel , nous serons réunis.
i-lG ROMKO ET JULIETTE.