‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 33 sur 97 · A MES PÉNATES · texte numérisé non relu

A MES PÉNATES

Petits dieux avec qui j'habite.

Compagnons de ma pauvreté ,

Vous dont l'œil voit avec bonté

Mon fauteuil, mes chenets d'ermite,

Mon lit couleur de carmélite ,

Et mon armoire de noyer ,

O mes Pénates ! mes dieux Lares ,

Chers protecteurs de mon foyer, Si mes mains, pour vous fêtoyer, De gâteaux ne sont point avares; Si j'ai souvent versé pour vous Le vin, le miel, un lait si doux.

Oh ! veillez bien sur notre porte, Sur nos gonds, et sur nos verrous.

Non point par la peur des filous; Car que voulez-vous qu'on m'emporte?

Je n'ai ni trésors ni bijoux ; Je peux voyager sans escorte.

Mes vœux sont courts ; les voici tous : Qu'un peu d'aisance entre chez nous ; Que jamais la vertu n'en sorte.

Mais n'en laissez point approcher Tout front qui devrait se cacher , Ces échappés de l'indigence.

Que Plutus couvrit de ses dons , Si surpris de leur opulence , Si bas avec tant d'airogance , Si petits dans leurs grands salons.

Oh ! que j'honore en sa misère Cet aveugle errant sur la terre.

Sous le fardeau des ans pressé, Jadis si grand par la victoire, Maintenant puni de sa gloire.

Qu'un pauvre enfant, déjà lassé, Quand le jour est presque effacé ,

POÉSIES IJIVICKSES.

Conduit pieds nus, pendant l'oru^je, Quêtant pour lui sur son passage, Dans son casque ou sa faible main , Avec les grâces de son âge , De quoi ne pas mourir de laiin.

O mes doux Pénates d'argile!

Attirez-les sous mon asile !

S'il est des cœurs faux, dangereux , Soyez de fer, d'acier pour eux.

Mais qu'un sot vienne à m'apparaître , Exaucez ma prière , ô dieux !

Fermez vite et porte et fenêtre !

Après m'a voir sauvé du traître , Défendez-moi de l'ennuyeux !

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