‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 34 sur 97 · A MON PETIT BOIS · texte numérisé non relu

A MON PETIT BOIS

Salut, petit bois plein de charmes, Cher aux amis , cher aux neuf Sœurs , Où la nuit, les loups, les chasseurs N'ont jamais porté les alarmes !

Salut, petit bois où j entends, Parmi tant d'oiseaux si contens, Des voix sans malheur douloureuses,

Sans bravo des roucoulemens, Sans paroles des airs charmans, Des Saphos par l'amour heureuses) Voix tendres, voix mélodieuses, À vous , dans ce bois , je m'unis ; C'est le pays des bons ménages :

Le plaisir est sous* les feuillages , Le bonheur est dans tous les nids.

Dis-moi, timide tourterelle, Dis-moi, touchante Philomêle, Si jamais , la nuit ou le jour, J'ai troublé ta plainte innocente.

Tes feux, ta famille naissante.

Et les échos de ton séjour? Soit en hymen, soit en veuvage, Toujours en paix sous cet ombrage, ' Tu vécus ou mourus d'amour.

Heureux qui possède en ce monde Un joli bois dans un vallon.

Tout auprès petit pavillon , Petite source assez féconde !

De ce bois le ciei m'a fait don.

Quand sa feuille s'enfle et veut naître , J'assiste à ses progrès nouveaux; Mon œil est là sous ses rameaux , Qui l'attend et la voit paraître ; L'été, je lui dois mes berceaux, La plus douce odeur en automne.

Un abri contre l'aquilon Quand je vais lisant Fénélon; Et riiiver, chaque arbix» nie donne, Utile en toutes les saisons, Lorsque sous le toit des maisons Un réseau d'argent par-tout brille, Et l'éclat dont mon feu pétille, Et la chaleur de mes tisons.

C'est là, c'est dans cet Elysée, Frais à l'œil , doux à la pensée , Cher au cœur, que j'aime à venir, Auprès d'un asile modeste , Avec un ami qui me jeste, Ou rêver ou m'entreteuir, .

En admirant un site agreste, Ou ce beau dôme bleu céleste, Palais d'un heureux avenir.

Bois pur, où rien ne m'importune, Où des cours et de la fortune J'ignore et la pompe et les fers , Où je me plais , où je m'égare , Où d'abord ma muse s'empare De la liberté des déserts ; Où je vis avec l'innocence , Le sommeil et la douce aisance, Et l'oubli de cet univers , Loin de moi jetant dans les airs 3. 18

Tous les orgueils de Tiniportance, Tous les songes de l'espérance, Et l'ennui de tous les travers; Où pour moi , ma seule opulence, Ce que je sens , ce que je pense , Devient du plaisir et des vers.

O le plus charmant bois de France !

Que de douceur dans tes concerts!

Quel entretien dans ton silence!

Quel secret dans ta confidence!

Que de fraîcheur sous tes couverts !

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