‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 39 sur 97 · MA SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

MA SAINT-MARTIN

Mes amis , c'est la Saint-Martin , Le plus grand Saint que Dieu fit naître, Tant fêté , si digne de l'être , Tant sonné depuis le matin.

La joie et l'honneur du festin , • Son dindon bientôt va paraître.

Le voilà! L air est parfumé.

Périgord ! il faut que je chante Le sol heureux, du ciel aimé.

D'où nous vient ta truffe odorante.

Que la brume attriste les airs; À table , que font les hivers Quand c'est Saint-Martin que l'on chante? ÎNotre chère est très peu brillante; Mais pour nous, mais pour nos couverts, Elle est bonne , elle est suffisante.

POÉSIES DIVERSES. ift;

Nous n'avons point dos coeurs ingrats, Assez vains, dans nos doux repas.

Pour rougir de la vinaigrette.

On l'inventa je ne sais quand; Mais ce mets simple, humble et piquant. Fut devine par un poète; Et ce lard fin que j aperçois N'aura rien gâté , je le crois , Au bon goût de notre omelette.

N'avons-nous pas santé parfaite, Bonne humeur, bon feu, bon logis, Un front pur qui ne craint personne , Un cœur franc et qui s'abandonne ; Autour de nous de vieux amis , Des Hébés à mine friponne; Et Saint-Martin qu'on carillonne, Son drapeau flottant dans les airs , Nos jolis mots , nos jolis vers , L'appétit qui tout assaisonne, Et ces fruits dorés par l'automne Pour le luxe de nos desserts?

Oh ! vive un petit ermitage , Suffisant pour un homme sage.

Ennemi de tout embarras !

C'est là qu'on est libre tout bas, Que l'on ne craint point la visite D'un sot qui ne vous entend pas, Ou d'un méchant qui \ ous irrite.

On rêve, on dort, on v médite; Le travail en chasse l'ennui.

À dîner l'ami pauvre invite Son ami pauvre comme lui.

C'est là que les Muses, les Grâces, Ont peut-être trouvé leurs places Plus souvent que dans ce salon, Brillant d'or, à voûte pompeuse, Où l'opulence fastueuse Donnait les dîners d'Apollon.

C'est là, dans une vie heureuse, Contens de mets simples comme eux.

Que plus d'un écrivain fameux , Sans l'avoir peut-être osé croire, Noble amant de sa liberté , Dans une douce obscurité , Sans briguer ni presser sa gloire, A mûri sa célébrité.

Oh! quel plaisir dans les orages, De son donjon délicieux.

De voir , entr'ouvrant les nuages , Par sa foudre et par ses tapages , Jupiter ébranlant les cieux!

Oh ! quel plaisir pour les Chaulieux , Les La Fares, les Deshoulières, De nous y peindre au sein des bois , Dansant au son vif du hautbois , De jeunes et tendres bergères

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Dont l'œil ne peut suivre les pas!

Leurs pieds lé{jers et délicats N'y font point de tort aux fougères; Ils touchent , mais ne posent pas :

Il en reste, assez pour nos verres Et pour trinquer dans nos repas.

Dans son joli juste d indienne, La voyez-vous ma Julienne, Qui ne hait pas les beaux esprits :

Ma Julienne, jeune et sage, L'esprit follet de mon ménage, Dont le fil joint tous mes écrits , Me montrer dans l'ombre, et bien close, Ma Jacqueline qui repose.

Attendant ces momens chéris Où sa joyeuse et large panse Se fait crier. Place! et s'avance Au milieu des chants et des ris.

Le temps , hélas ! mes chers amis , Comme un torrent se précipite; Il nous parle, il nous dit à tous :

« Aimez, buvez, rien n'est si doux.

« Le passé s'efface et nous quitte, « Déjà le présent est en fuite, <f L'avenir se moque de vous. »

Il a raison , mes camarades ; Croyez-moi , vidons le caveau ; 3. ,9

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Saint-Martin n'aima jamais l'eau, À lour grotte, à leur clair ruisseau Renvoyons les froides naïades.

Le temps, le temps fuit loin de nous : Ma bouteille avec ses gloux-(jloux, C'est là mon urne et mes cascades.

Mais le voilà , ce vin joli , Franc Champenois, qu'on nomme Aï, "■ Que poiu- nous le soleil parfume! Comme il s'agite, et monte, et fume!

Comme il part avec son écume î Buvez, buvez, dépêchez-vous; Allons, ne comptez point les coups.

Salut au vin , puis à Grégoire , Puis à l'Amour, puis à la Gloire; Elle est pourtant un peu catin , Mais elle est belle, il faut y boire.

Quel bonheur! quel charmant festin!

Mes tonneaux, Bacchus me les perce; Mon moka, Vénus me le verse.

Amis, laissons faire au destin; Mais buvons tandis qu'il nous berce; Buvons, voyons tout sans effroi.

Ou importe d'être ermite ou roi?

Nous mourrons bientôt. Julienne, liO noyau! le noyau! Qu'il vienne!

M'entends-tu? Fais-nous boire et boi.

De ce vieux nectar qui m'enchante

Verse à ton fils, verse à ta tante.

Mes amis , la terre est à moi !

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