AU 'BOIS DE SATORI, PRÈS DE VERSAILLES
Un jour au bois de Satori , Bois des amans et des poètes, Bois charmant que j'ai tant chéri , Dont j'ai su les routes secrètes, Je descendais seul, m'en allant Le soir, ma promenade faite, Le front paisible, et d'un pas lent, Regagner mon humble retraite.
C'était le temps oii les coteaux , Les forêts, les airs et les eaux, Les champs, les vergers de Pomone.
Jaunissant leurs vastes tableaux , Se teignent des mâles pinceaux De la grave et touchante automne -^
Temps où le cœur plus lecueilii ,
Dans sa pensée enseveli ,
Aux plus doux songes s'abandounc.
Grâce à rencliantenient fécond
De mes heureuses rêveries ,
Je me croyais , par leurs féeries ,
Dans les états de Céladon,
Au sein des fleurs et dos prairies ,
Y portant gentil chapeau rond,
Panetière et petit jupon ,
Musette aussi. Dans le canton ,
On m'appelait, c'était mon nom,
Pasteur de la belle Egérie.
Je tenais mon Tibulle en main.
Tout près de moi, dans mon chemin.
Sur le penchant de la montagne ,
S'offre un troupeau que j'accompagne.
Les moutons viennent nie chercher :
Un pauvre agneau vient me lécher.
Oh! dis-je, famille innocente,
Sans nul fiel, timide, impuissante;
Et toi qui les défends des loups.
Chien vigilant, brave et docile;
Et toi , pasteur sensible et doux ,
Dont l'œil les suit, les compte tous, v
Et leur cherche un vallon fertile,
De vous que j'aime à m'approcher!
Bientôt, en vers faits pour toucher»
a84 POÉSIES DIVERSES.
De moi vous aurez une idylle.
Avec eux je rentre à la ville :
Ce pasteur, c'était un boucher.
MES TROIS TUÉRÈSES.
De Thérèse , dans le silence ,
Oui , le nom me revient toujours.
Ce nom fut fait pour les amours ,
Pour Tamitié , pour la constance ;
Il n\était cher dans mon enfance,
Il m'est cher dans mes derniers jours;
J'aimai trois Thérèses au monde.
De ces trois il m'en reste deux ;
L'une est ma sœur. Ces chastes nœuds ,
Par une affection profonde ,
De tendres vœux , de soins charmans >
De mille doux épanchemens
Sont pour nous la source féconde.
Thérèse est un nom de candeur,
De paix , d'union , de bonheur :
On le prononce avec douceur.
Mais s'il est vrai qu'une cousine
Soit pour nous presque une autre sœur^
POÉSIES DIVERSES. iBS
Cette autre Thérèse divine,
Comment l'effacer de mon cœur?
Des deux sœurs le ciel nous fit naître.
Jamais, dans l'empire amoureux,
Brune plus piquante peut-être ,
Sans le savoir, sans se connaître,
N'eut droit d'allumertant de feux.
Je remarquai ses premiers jeux,
De sa voix les accens heureux;
Son front pur, fait pour toujours l'être;
Ses cheveux noirs, fins et bouclés.
Par leurs nœuds , leur richesse enflés ;
Sa blancheur, ce souris qui flatte;
Une bouche où l'émail éclate;
Son corps souple, aisé, fait au tour;
Ses beaux yeux , leur vive étincelle ;
Le ris naïf de leur prunelle ;
Son cœur nu , s'offrant sans détour ;
Son goût , sa grâce naturelle
D'une fleur faisant un atour;
Sa raison folâtre et nouvelle.
Puis je la vis , comme un beau jour,
Croître et briller, tout-à-fait belle.
C'était des Grâces le modèle ,
Des bois la chaste tourterelle,
Et la Thérèse de l'Amour.
Une autre Thérèse, bien chère.
Posséda mon cœur sur la terre.
Qu'elle m'aima ! Tristes adieux !
Mes mains ont fermé sa paupière.
Mes soupirs, sortez pour ma mère!
Et vous pleurs, coulez de mes yeux