EN SAVOIE
Savoie, ô mon pays! berceau de mes aïeux, Climat doux à mon cœur, qui vis naître mon père,
Sous un modeste toit où la vertu fut chère,
Au pied d'un mont audacieux Qu'en montant sur son char le soleil radieux Fait resplendir au loin de sa haute lumière (i), Qu'embellit de ses dons le retour du printemps, Qui mêle avec ses fleurs les l résors renaissans
De mille plantes salutaires , Au bruit de cent ruisseaux , sous les frimas errans , Qui, seuls, croisés, unis, cachés, reparaissans ,
Amoureux de la primevère ,
Ruisseaux encor, bientôt torrens , À ti^avers les rochers et leurs débris roulans, Vont tous avec fracas se jeter dans l'Isère; , Savoie, ô mon pays! berceau de mes aïeux,
Montre-moi , découvre à mes yeux Les asiles sacrés , les retraites austères
Où saint Bruno, du haut des cieux, Vit de ses chers enfans les essaims solitaires
Se poser, colons volontaires.
Dans tes déserts religieux.
Salut, trois fois salut, cellule où Dieu m'attire,
Où mon cœur reste, et d'où j'admire
(i) Cet endroit est le village de Haute-Luce, nom qui vient de ces deux mots latins, alla lux, signifiant haute lumière. Ce village est auprès de Saint-Pierre-le-Moûtier, la capitale et le siège de l'archevêché' de la Tarentaise, eu Savoie,
Sous SCS hauts uionts (jhjcés, tlaiis le ciel suspentlus, Sur ses frimas pciccs de mille fleurs nouvelles, Les abeilles cueillir leurs trésors blancs comme elles, Au milieu des parfums dans les airs répandus. Peuple aimable de sœurs 1 oui , vos soins assidus ,
Oui , vos travaux semi)lent me dire :
« C'est ici qu'il nous faut produire, « Nous , le doux miel des fleurs , vous , celui des vertus. » Désert , heureux désert , quels sont tes privilèges !
De mille appâts , de mille pièges Tu préserves mon cœur, mes oreilles, mes veux. Ton asile est un ciel d'où je m'élève aux cieux ; Où je change en printemps l'hiver dont tu m'assièges ;
Où , parmi les rocs et les neiges , La nuit entend gémir tes chants mystérieux. Sois mille fois béni , désert qui me protèges ! Que ma vie et ma mort se renferme en ces lieux ; Garde bien mes soupirs , mes pas silencieux ,
Mon humble toit religieux,
Le jardin de ma jeune abeille ,
Mon doux repos quand je sommeille,
Ma conscience, quand je veille, Et la paix de mon ame et son vol vers les cicuxi