‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 42 sur 97 · A MON CHEVET · texte numérisé non relu

A MON CHEVET

O mon cher conseiller, mon ami le plus sûr, Laisse-moi, mon chevet, lorsque minuit s'avance. Quand de Tobscurité s'étend le voile immense. Lorsque Morphée en main tient son pavot obscur, Sur ton heureux duvet, doux comme l'innocence,

Reposer ma tête en silence.

Avec un cœur tranquille et pur !

Sois-moi pendant le jour comme un censeur austère,

Comme une oreille qui m'entend, Comme un œil qui me voit ; répéte-moi souvent : « Jamais à la vertu ne fais rien de contraire, « Vis sans avoir besoin des ombres du mystère;

« Cette nuit ton chevet t'attend.

« Que ce mot, Ton chevet, t'épouvante et t'éclaire. '< Et si, dans quelque cas à l'honneur important, « Entre phisiems partis tu balançais flottant, « Dis-toi, sans te troubler : Je vais sortir de doute; « Four décider mes pas , pour diriger ma route , « Mon conseil est tout prêt, et mon chevet m'attend. » C'est là que, dans les nuits , ce muet Rhadamanthe Parle à chacun de nous. Ou monarque ou berger, C est là qu'il est tout prêt à nous interroger.

L'or, la {jloire, le ran*;, lien ne nous en exempte, Jaloux inquisiteur, il aime à tout savoir. Malgré nous, dans le jour, il est sur nos vestiges; Il opère en secret quelquefois des prodiges , Des changemens subits qu'on ne peut concevoir.

Les songes rians et paisibles.

Les songes vengeurs et terribles, L'environnent sans cesse, et sont en son pouvoir. Son équité nous plaît, sa rigueur a des charmes : 11 applaudit le fort; le faible, il l'affermit. Que de fois il calma la vertu qui gémit ! Le pauvre, il le console, il l'endort dans ses larmes; Il soutient l'innocent, il laisse à ses alaimes

Le méchant qui veille et frémit.

Mais sur son duvet fin , moelleux , sur et tranquille , Pour un cœur attentif, à ses avis docile,

Ah! qu'il est doux de s'assoupiiM Exauce, ô mon chevet, mon plus ardent 4esir! Enfin , quand je dirai : Pour moi le port s'approche , Quand pour moi sur mon lit s'ouvrira l'avenir, Que je puisse sur toi, sans peur et sans reproche, Au bruit consolateur de cette heureuse cloche.

Rendre à Dieu mon dernier soupir.

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