A MADAME GEORGETTE W. C
D'un vieux Bordeaux, grâce à vos dons, Oui , je bois les coupes vermeilles :
Je vois sortir ses longs bouclions, Et vider ses longues bouteilles.
Sur les mers , ce fils des caveaux N'a point mûri par les orages ; Il ne trouble point les cerveaux; Calme et vieux, c'est le vin des sages.
Je me souviens bien qvi'autrefois , Fidèle ami de votre père, Des nectars de Beaunc et d'Arbois Il a souvent rempli mon verre.
Vous étiez alors des cnfaiis La plus jolie ot la mieux faife; Alors dans mes bras carcssans, Sur mon dos je portais Oeoijjette.
Je vous vis dans votre printemps :
Quels traits! quel air! quelle prestesse? Vous étiez nymphe à dix-huit ans, Aujourd'hui vous voilà déesse.
Vous voulez trinquer avec moi , Comme au bon temps du siècle antique Vos belles mains vont, je le croi.
Me verser un vin pacifique.
Mais comment écarter vos traits
Par une coupe sans ivresse ,
Ou sans ivresse voir de près
Les beaux yeux d'une enchanteresse?
Vénus y met ce doux poison Que, sans l'éviter, craint un sa{i;e; Il séduit long-temps la raison; Mais peut-on oublier son âge?
Des beaux jours notre œil attristé Demanderait en vain l'aurore.
POÉSIES DIVKIISKS. 1c)ï
Adioii (Jonc et grâce et heauté!
Adieu!... Mon cœur vous reste encore.
A MADAME ESMANGARD.
Ainsi la plaintive élégie Elle-même a dicte vos vers, Et la tendre mélancolie Semble en avoir noté les airs.
C'est vous ; à peine je respire !
Oui, voilà votre accent vainqueur; C'est vous, exerçant votre empire Sur l'esprit, l'oreille et le cœur.
N'avaient-ils point assez de charmes Vos regards si toucbans. si doux?
Du voile enchanteur de vos larmes Devaient-ils s'armer contre nous?
Il est , il est pour un cœur tendre , Quelque vertu qu'il puisse avoir, Des voix qu'il ne faut pas entendre, Et des yeux qu'il ne faut pas voir.