‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 73 sur 97 · MON TROPHÉE · texte numérisé non relu

MON TROPHÉE

Quel pouvoir, quelle étrange fée

Suspendit au même trophée

La couronne, un sceptre, un poignard,

Et tout près d'eux mit en regard

La panetière, la houlette,

Et la simple et tendre musette

D'un pauvre pasteur de troupeau ,

Trésor qu'il possède sans crainte ,

Fait pour l'amour, sa douce plainte ,

Et l'innocence du hameau !

Dans ce trophée humhle et rustique, r Mais à-la-fois noble et tragique ,

Sont-ce deux hommes qui sont peints?

Non : c'est un seul, qui, sans déplaire, Rassemble dans son caractère Le doux et le terrible empreints.

Sur son front que rien n'inquiète^ Tour-à-tour leur vertu secrète Met des rois le noble bandeau.

Des bergers le petit chapeau , Et joint le pasteur au poëte.

Le repos d'esprit est si doux !

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L'avoir, le garder, qii'avons-nous De plus sage et de mieux à faire?

Un accès pourtant, nécessaire.

Renfle son ton, change ses traits, Le fait passer par les palais , Et le ramène à la chaumière.

Il va de la rose au cyprès ; Il est calme, il est 'iu colère; Il tient la flûte ou le tonnerre :

Il prend sa houlette , et soudain Le voilà le poignard en main; C'est la crise alors qui s'opère.

Ce double état vient tour-à-tour.

On dit que la Parque ravie , Pour mouiller le fil de ma ^ie , Aussitôt que je vins au jour, Mit à part de Teau d Hippocrène; Mais elle en mit trop , pour ma peine , De la fontaine de l'amour.

Voici l'heure de Melpomêne Que presse la tragique nuit :

Par elle encore sur la scène Quelque forfait sera produit :

Tout mon coeur s'attriste et se serre.

Rien ne change donc sur la terre !

Toujours audace et trahison !

Pauvre vertu, noble victime.

Ah ! cache-loi : voici le ciimc Avec le fer et le poison; I/orafjc a passé Thorizon.

Je ne suis donc plus en alarme !

J'ai souri, j'en avais besoin.

Ma IMelpomène se désarme :

J'épiouve je no sais quel charme ; 1 ,0 pasteur, je crois, n'est [)as loin.

< )ui , demain , ma charmante Annette,

.1 irai te porter, le matin.

Au premier chant de ralouelte,

Le petit bonjour du voisin,

Ee petit boucpiel de jasmin,

Et ma nouvelle chansonnette.

Puis si j'allais, ma berj^erette ,

Te ravir un double baiser :

liC premier, dans la douce ivresse

D'un amant près de sa maîtresse,

Et le second pour t'apaiser?

Mais je n'entends pas l'alouette.

Si par hasard j'eusse été roi ,

Adieu muse; adieu ma houlette.

Qu'aurais-je fait dans cet emploi?

Je n en sais trop rien , par ma foi !

Grâce au ciel, je suis Timarette.

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