‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 125 sur 253 · ACTE II, SCÈNE VI. aog · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. aog

EOLLIN.

Oh ! la chose est très-sûre.

Souviens-toi du collège ; et si , par aTenture , Tu yieillis tous les atis d'un an comme je fais*...

Les grâces et l'esprit ne vieillissent jamais.

ROLLIN

iBon ! c'est un madrigal qu'on dit aux vieilles femmes.

MERVILLE

Un madrigal ?... Et toi, tu fais des ëpigrammes?....

ROLLIK.

Je ne m^y jouerais pas , et sur-tout contre toi ; Je te trouve , mon cher , bien plus d'esprit qu'à moi ; Mais de cet esprit-là , vois-tu ? je n'ai que faire ; J'aime mieux mon bon sens , tout «impie et tout vulgaire ; Il m'a fort bien conduit où je suis arrivé; Et de ton bel esprit, toi, tu t'es mal trouve.

MÈRVlLLE.

Je m'en trouve fort bien ; crois-lu me faire envie ? Qui de nous deux s'amuse et passe mieux sa vie ? Quel est le plus heureux P... Je sais ce que tu vaux; J'estime infiniment tes utiles travaux, Les peines que tu prends , ta probité , ton zèle ; Mais conviens que l'ennui dans tout éela se mêle ; Moi, je te plains souvent.

ROLLIK.

Tu me plains ! quelle erreur I

Il ne f appartient pas de juger mon bonheur.

Mes travaux assidus , mes peines ont leurs charmes. J'aime mes embarras et jusqu'à mes alarmes ; Tu cherches te^ plaisirs dans les distractions ; Moi , j'ai placé les miens dans mes affections. Jusqu'au dernier soupir ils me seront fidèles ; jT'y goûte tous les jours des délices nouvelles y Quand ton goût, sur les tiens, depuis long-tems blasé K'en trouve plus un seul qui ne lui semble usé. Tu connais peu le cœur d'un père de famille; Sensible à ce qui touche , et non à ce qui brille , Il vit dans tous les sieps , se plait dans ses enfans ; Leurs études , leurs jeux, leurs progrès , leurs penchans , Tout en eux est pour lui jouissance... Qiye sais-je ! Jusqu'au prix qu'un marmot remporte à son collège... Quand il rentre chez lui , soucieux , tracassé , On l'embrasse ; il sourit : son chagrin est passé.

MERVILLE

Quand je serai moi-même un père de famille...

ROLLIK.

Toi ! si tu Tes jamais !... Ei^, voici ma fille. Permets -nous... De Paris ne reviens pas trop tard.

MERVILLE

Non.

D'un dessein que j'ai je dois te faire part.

Page 1