ACTE 1, SCÈNE VII. 3S
GERMAIN
Vous sentez que la deyineressé Leur a, pour leur argent, promis force richesse. Sachant chez mes parens cet espoir éveillé, Là-dessus aussitôt^ma tête a travaillé.
J^ai même pris conseil , pour mieux leur faire pièce , D'un vieil original d'une plaisante espèce...
ff
HOMBERT
Quel est-il ?
GERKAIN.
Autrefois il m'a donné leçon , Quand )e voulais apprendre à* jouer du basson; Il est musicien : c'est Dupré qu'il se nomme ; Ivrogne s'il en fut , d'ailleurs fort honnête homme , Qui m'aime tout-à-fait , et qui , par amitié , Yient manger mon dtner sans en être prié.
Kous avons , à nous deux , fait un plan magnifique , Dont l'exécution peut devenir comique.
Peut-être on vous a dit déjà plus d'une fois , Que cette maison-ci fut louée autrefois A milord Kilbourden /vieil avare , hypocondre , Qui l'habita cinq ans, puis repartit pour Londre. De plus, lorsqu'il partit, voici quinze ans passés, On sema des propos , par les sots ramassés , Qu'il laissait un trésor enseveli sous terre , Dans cette maison-ci qu'acheta mon grand-père. Or, pour notre projet cela nous a suffi.
Mons Dupré, déguisé sous le nom de Bouffi,
Cuisinier de milord quand il était en France , Revenu d'Angleterre après quinze ans d'absence , Avec un grand mystère est allé' chez Durbant , L'avoué de mon oncle ; et là , très-gravement , A fait un long récit, une fort belle histoire, Dont j'avais pris le soin de charger sa mémoire : Que lui seul , en secret , il aida ce vieux lord A cacher dans la terre, en ces lieux, un trésor; Qu'étant sorti de France à cause de la guerre, Milord, après quinze ans, est mort en Angleterre, Où lui , son cuisinier, l'ayant suivi toujours , Ne l'a jamais quitté jusqu'à ses derniers jours; Que ce lord n'a laissé veuve, enfans, ni famille. De sorte qu'aujourd'hui , toute la pacotille , Le trésor, tel qu'il est, bijoux, argent comptant, Of&e un bel héritage au premier occupant.
HOMBERT
Ils ont , de bonne foi , pu croire un pareil conte ?