C0LL1T
Ah ! Dieu ! mon écriture !
Je la reconnais bien... Mais par quelle aventure?
l'ami.
Elle n'est que trop vraie , et pourra s'éclaircir. Mais lisez.
COLLIK.
Mon ami!... vous me faites frémir!...
La Famille Bretonne , oh ciel!., ou les Querelles.., C'est de chez l'épicier que viennent vos nouvelles ?
Je ne vous offre encor, pour comble de malheurs , Que la première feuille , et le reste est ailleurs. J'ai \k le titre seul , les noms des personnages.
COLLIN
Et voilà ce qu'on fait^ mon cher, de mes ouvrages!
l'ami.
n'allez pas y trouver un sujet de chagrin ; D'un tas de vers nouveaux on sait la triste fin; Mais tandis qu'au rebut on en met beaucoup d'autres Jusque chez l'épicier on court après les vôtres.
COLLIlï.
Comment? c'est moi d'abord qui vais courir après ; Mon ouvrage perdu, j'aurais trop de regrets; Ce cruel épicierj savez-vous sa demeure?...
l'ami.
A merveilles; j'en viens.
COLLIN
Retournons-y sur Pheurc.
Venez.
l'ami.
Peine inutile!!., et vous iriez trop tard.
COLLIN
Quoi?... ,
l'ami.
De ce que je sais il faut vous faice part.
Votre écriture nette , et qui m'est si connue , Quand j'ouvris ce papier, frappa soudain ma vue. C'était hier au soir... Je fis d'abord un cri, Comme vous avez fait; je n'en ai pas dormi... Ce matin , occupé de votre comédie , Je fis pour cet objet ma première sortie ; J'allai chez ce marchand ; après cent questions , Je voulus essayer des perquisitions ; Si dans de lourds amas de tristes paperasses , Je pourrais de vos vers retrouver quelques traces. Monsieur, dit le marchand , cette écriture-là Est d'un homme d'esprit ; je gagerais cela.
Je n'en ai bientôt plus , car chacun m'en demande ; Chacun veut en avoir, et mon fonds s'achalande. Le faubourg Saint-Germain est plein de gens de goût.
collii^.
Abrégez ce récit ; quand serons-nous au bout ?
l'ami.
A l'honnête marchand je racontai sans feinte Le but de ma recherche et Tobjet de ma crainte. Je sais ce qu'il en est, dit-il ; on a trouvé, De la même écriture , un ouvrage achevé ; C'est une comédie en trois actes , je pense ; Un mien parent disait que c'était du Térence , Et je l'en croirais bien : car c'est un connaisseur ; Il est dans un lycée habile professeur.
Je riais de le voir ramasser pièce à pièce , Chaque acte , chaque scène , enfin toute la pièce ; Il en a rassemblé jusqu'au moindre morceau.
Mçs garçons en ont eu , pour la peine , un cadeau ; Enfin , il est , Monsieur, parti pour sa province , Charmé de sa trouvaille et content comme un prince.
COLLIN
Eh bien ! ce professeur a donc ma pièce?
l'ami.
Eh ! oui.
Il faut, pour la ravoir, nous adresser à lui.
COLLIN
Je comprends à présent... l'aventure est unique! Mais je veux m'assurer».. attendez. Véronique !... Je gage...
l'ami.
Elle est dehors; au moment où j'entrais , Elle sortait d'ici. .
COLLIM.
Ce sont là de ses traits ; Mais celui-ci, vraiment, passe toute croyance. Je vous ai dit , je crois , qu'usant de prévoyance Je voulus, vers la fin de l^automne dernier , Supprimer des monceaux d'inutile papier , De la prose et des vers , quelques extraits d'histoires , Des travaux, des projets, des lettres, des mémoires... Des mémoires payés ; car, moi , je ne dois rien.
l'ami.
Oui , quoique auteur , on sait que vous payez fort bien.
COLLIN
Un jour donc , en sortant, je chargeai Véronique De brûler tout cela... mais de ma domestique L'imprudence...