L^AMI
Ou plutôt le désir de gagner. La chose est à présent facile à deviner.
Véronique est , vraiment , une fille économe , Qui ne néglige pas la plus petite somme; Vendre , au lieu de bràler, fut pour elle un profit.
COLLIN
Mais pour mauvais papier me vendre un manuscrit !...
l'ami.
Elle en a pris un peu plus qu'il n'en fallait prendre; Quand on vend de bons vers, on n'en saurait trop vendre. Vous devez la punir; moi , je serais outré, Et je la chasserais...
GOLLIIV.
Moi, je la garderai.
l'ami.
Comment! tous...
COLLIK.
Je suis sûr qu'elle en sera fâchée ;
Elle me soigne bien; elle m'est attachée ;
Vous en avez vous-même été souvent témoin;
Pour peu de tems peut-être encor j'en ai besoin.
l'ami.
Allons!...
GOLLIN.
Vous voyez bien qu'il faut qu'on lui pardonne.
Je regrette pourtant ma Famille Bretonne ;
Car cette comédie aurait pu réussir.
l'ami.
Elle réussira.
COLLIN
J'ai peint avec plaisir , Parmi leur amitié sincère et fraternelle , Les débats passagers , les plaintes , la querelle Dont la vivacité ne dure qu'un moment, Et que suit la douceur du raccommodement.
J'aimais ces bons Bretons et leurs mauvaises têtes , Braves gens , et pleins d'ame. . . emportés , mais honnêtes.
l'ami.
Oui, c'est là le §ujet; vous l'avez bien traité; J'aurais youlu peut-être un peu plus de gaité.
GOLLIlï.
J'en conviens ; nos amis comme tous me le dirent; Mais comme vous aussi souvent ils applaudirent. Il est vrai que j'avais eu soin de vous donner, ^ Avant notre lecture , un ample déjeûner ; Bon moyen d'obtenir un arrêt moins sévère !
Que ne peut-on ainsi régaler le parterre !,..'* Mais ce provincial , s'il était un fripon j Pourrait donner un jour ma pièce sous son nom ?
l'ami.
Un mensonge pareil serait bien inutile ;
Le public, mon ami, connaît trop votre style.
Ecrivons à notre homme...* il est à Perpignan.
COLLIN
Ah I quand répondra-t-il ? s'il le veut , dans un an. Je ne verrai jamais paraître cet ouvrage.
l'ami.
Voilà de vos discours ; allons , prenez courage.
* Ce vers est de GoUîn ; je l'ai retrouve non pas chez l'épia, cîer , mais dans ma mémoire ; il Tavait mis dans va^e lettre en Ters et en prose qu'il m'écrivit de la campagne , il y a bien des années. Il a , depuis , employé la même idée, etpresqueles mêmes expressions , dans un de ses ouvrages :
« On serait un Voltaire , » Si i'on ponrait r^aler le parterrB. >
Journée des Champs » tone IV àtt CBuvres^ p. lay.
COLLIN
Je le voudrais ; mais quoi ! . . . mon cher , je m^affaiblis;
Chaque jour...
l'ami.
Cruel homme , affligez vos amis ; Vous êtes doux et bon ! mais bien opiniâtre Sur un point...
COLLIN
Si Ton met cette pièce au théâtre ,
Vous direz, mon ami, j'ose vous en charger,
Que j'aurais bien voulu pouvoir la corriger ,
Qu'on y reconnaîtra plus d'une négligence ,
Que votre ami toujours eut besoin d'indulgence ,
Mais, sur-tout...
Du succès vous serez enchanté , Et ce sera de quoi vous rendre la santé.
Allons , un professeur doit être un honnête homme; Je sab son domicile et comment il se nomme , Et nous aurons la pièce avant un mois.
COLLIIH.
Un mois !
C'est bien tard, mon ami.
l'a ML
Paix ! encore une fois , Ou nous querellerons comme font vos deux frères.
collin.
Chez nous , comme chez eux , cela ne dure guères ; Mais je vais, pour sortir , prendre ce qu'il me faut.
l'ami.
Oui, cela vaudra mieux. *
GOLLIN.
Je yous rejoins bieutAt.