‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 250 sur 253 · L^AMI · texte numérisé non relu

L^AMI

Ou plutôt le désir de gagner. La chose est à présent facile à deviner.

Véronique est , vraiment , une fille économe , Qui ne néglige pas la plus petite somme; Vendre , au lieu de bràler, fut pour elle un profit.

COLLIN

Mais pour mauvais papier me vendre un manuscrit !...

l'ami.

Elle en a pris un peu plus qu'il n'en fallait prendre; Quand on vend de bons vers, on n'en saurait trop vendre. Vous devez la punir; moi , je serais outré, Et je la chasserais...

GOLLIIV.

Moi, je la garderai.

l'ami.

Comment! tous...

COLLIK.

Je suis sûr qu'elle en sera fâchée ;

Elle me soigne bien; elle m'est attachée ;

Vous en avez vous-même été souvent témoin;

Pour peu de tems peut-être encor j'en ai besoin.

l'ami.

Allons!...

GOLLIN.

Vous voyez bien qu'il faut qu'on lui pardonne.

Je regrette pourtant ma Famille Bretonne ;

Car cette comédie aurait pu réussir.

l'ami.

Elle réussira.

COLLIN

J'ai peint avec plaisir , Parmi leur amitié sincère et fraternelle , Les débats passagers , les plaintes , la querelle Dont la vivacité ne dure qu'un moment, Et que suit la douceur du raccommodement.

J'aimais ces bons Bretons et leurs mauvaises têtes , Braves gens , et pleins d'ame. . . emportés , mais honnêtes.

l'ami.

Oui, c'est là le §ujet; vous l'avez bien traité; J'aurais youlu peut-être un peu plus de gaité.

GOLLIlï.

J'en conviens ; nos amis comme tous me le dirent; Mais comme vous aussi souvent ils applaudirent. Il est vrai que j'avais eu soin de vous donner, ^ Avant notre lecture , un ample déjeûner ; Bon moyen d'obtenir un arrêt moins sévère !

Que ne peut-on ainsi régaler le parterre !,..'* Mais ce provincial , s'il était un fripon j Pourrait donner un jour ma pièce sous son nom ?

l'ami.

Un mensonge pareil serait bien inutile ;

Le public, mon ami, connaît trop votre style.

Ecrivons à notre homme...* il est à Perpignan.

COLLIN

Ah I quand répondra-t-il ? s'il le veut , dans un an. Je ne verrai jamais paraître cet ouvrage.

l'ami.

Voilà de vos discours ; allons , prenez courage.

* Ce vers est de GoUîn ; je l'ai retrouve non pas chez l'épia, cîer , mais dans ma mémoire ; il Tavait mis dans va^e lettre en Ters et en prose qu'il m'écrivit de la campagne , il y a bien des années. Il a , depuis , employé la même idée, etpresqueles mêmes expressions , dans un de ses ouvrages :

« On serait un Voltaire , » Si i'on ponrait r^aler le parterrB. >

Journée des Champs » tone IV àtt CBuvres^ p. lay.

COLLIN

Je le voudrais ; mais quoi ! . . . mon cher , je m^affaiblis;

Chaque jour...

l'ami.

Cruel homme , affligez vos amis ; Vous êtes doux et bon ! mais bien opiniâtre Sur un point...

COLLIN

Si Ton met cette pièce au théâtre ,

Vous direz, mon ami, j'ose vous en charger,

Que j'aurais bien voulu pouvoir la corriger ,

Qu'on y reconnaîtra plus d'une négligence ,

Que votre ami toujours eut besoin d'indulgence ,

Mais, sur-tout...

Du succès vous serez enchanté , Et ce sera de quoi vous rendre la santé.

Allons , un professeur doit être un honnête homme; Je sab son domicile et comment il se nomme , Et nous aurons la pièce avant un mois.

COLLIIH.

Un mois !

C'est bien tard, mon ami.

l'a ML

Paix ! encore une fois , Ou nous querellerons comme font vos deux frères.

collin.

Chez nous , comme chez eux , cela ne dure guères ; Mais je vais, pour sortir , prendre ce qu'il me faut.

l'ami.

Oui, cela vaudra mieux. *

GOLLIN.

Je yous rejoins bieutAt.

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