ACTE III, SCÈNE V
LATO va.
A tout âge , mon frère , on fait bien de s'instruire.
JAQUINOT.
Pour toute instruction j'apprends à me conduire, A percer dans le monde. Hier au soir , enlGn , Un conseiller d'état m'a touché dans la main ; De la famille il m'a demandé des nouvelles , Et des yétres sur-tout.
LATOUn.
. Espérances fort belles !
Votre nom en tous lieux me sert de passeport , Et je yois qu'à Paris on vous estime fort , Que vos talens y sont en grande renommée.
Tout cela , par malheur, n'est que de la fumée. Où cela mène-t-il ?
iATOUft.
Je sais borner mes vcenjc.
JAQUINOT.
Je ne vous conçois pas ; là , pouvoir être heureux Et refuser de l'être ?
LATOUn.
Eh ! qui vous dit , mon frère ,
Que je ne le sois pas ? Ce que j'ai voulu faire , Je l'ai fait ; j'ai coulé de$ jours sereins et doux , Au gré de mes penchans , en cultivant mes goûts ; Je me suis £adt un nom qui n'est pas sans estime ,
8o LE TRÉSOR.
De trente ans de travaax salaire légitime ; Mes enians , grâce au ciel , se portent tous au bien ; C'est assez , j'ai mon lot ; je ne demande rien ; Et le terme arrivé, sans regret , sans envie, Ainsi que j'ai vécu , je quitterai la vie.
JAQUINOT.
Je vous Tai déjà dit; nous iious ressemblons peu. Pour moi, tout franchement je vous en fais Taveu, Je sens qu'en ce pays l'ambition me gagne ; Je commence à bâtir des châteaux en Espagne.
J'en suis fâché pour vous ; mon pauvre frère , hélas ! Vous cherchez le bonheur où le bonheur n'est pas.
JAQUINOT.
Eh ! mais, où donc est-il ?
LATOUR
Ah ! croyez-moi , mon frère , Il est où bien des gens ne le soupçonnent guère; Il est dans la santé, le travail, la gaîté.
Dans un état paisible et dans la liberté.
Ce désir excessif, ce besmn des richesses, Ecarte des devoirs et conduit aux bassesses....
JAQUINOT.
A la morale encore allons-nous revenir , Lorsqu'il s'agit d'affaire, et qu'il faut en finir .'^ Tenez, de la maison la vente doit se faire; Nous n'aurons entre nous qu'à la mettre à l'enchère ;