ACTE I, SCÈNE h
JAQUINOT.
Oui , comptez-y !
LÂTOUR.
Mon frère , Je dois penser aipsi; car j'eus soin de mon père. Mes enfans me rendront la pareille. L'alnë, Vers rëtude des lois , par son goût entraîné , Au palais est déjà connu pour bonne tête , Pour sage , pour instruit , sur-tout pour homme honnête. Le second de son père a suivi les penchans; La science est Tobjet de ses travaux constans; Pour observer, s'instruire, à présent il voyage , Et fait ce que je fis lorsque j'avais son âge. Le dernier, mon Adolphe , est un brave , un soldat ; Ses. talens, son courage , ont bien servi l'Etat; Sur le champ de bataille on l'a fait capitaine. Mon espérance en eux ne saurait être vaine : Tous trois se souviendront , comme des fils bien nés , Qu'ils doivent tout aux soins que je leur ai donnés.
JAQUINOT.
Je le souhaite, moi, plus que je ne l'espère.
Mais vous-même, pour eux, vous n'êtes pas bon père.,
LATOUR
Moi?
JAQUINOT.
Vous. Si VOUS l'étiez , vous vous occuperiez Du bonheur de vos fils , et vou$ travailleriez
22 LE TBESOR.
Non poar vous, mais pour eux; un pire de famille Se doit à ses enfans : moi , je songe à ma fille.
LÂTOUR.
Voilà ce que Ton dit. Mais il faut convenir Que c'est pour soi d'abord qu'on cherche à s'enrichir. L'ombre d'une vertu couvre souvent un vice, Et l'amour paternel déguise l'avarice.
. Je chëris mes enfans; mais je puis bien, )e croi, Suivre pour ^ux le plan que }'ai suivi pour moi...
JAQUINOT.
Vous n'en démordrez pas , vous l'avez dans la tête, Et vous trouvez toujours une réponse prête.
Laissons cela. Parlons d'affaires , une fois.
LATOUR
Soit.
Notre père est mort depuis plus de six mois ; De rester à Paris, à la fin je me lasse...
LATOUa.
Cela se peut.
JAQUINOT.
Voilà près d'un mois que j'y passe ; J'apportai , quand je vins , trois cents louis comptant , Et je ne vois finir encor... que mon argent.
II ne faut pas venir à Paris en famille ; J'ai mal fait d'amener et ma femme et ma fille : Vous nous avez chez vous reçus , nourris , logés , Et mes fonds n'en sont pas beaucoup mieux ménagés ;