ACTE I, SCENE m
CÉCILE
Moi?
Tôt OU tard n peut vous en venir une honnête , complète.
CÉCILE
Vous TOUS moquez de moi.
LATOUR
Non , je vous le répète^ En un mot, que cela ne vous tourmente point... L'hymen vous convient-il ? voilà l'unique point.
CÉCILE
Ne plaisantez donc pas une pauvre orpheline.
LATOUR
Cécile , n'allez pas croire que je badine.
Rien n'est plus sérieux ; j'ai voulu vous parler D^un secret important qu*il faut vous révéler. Il est tems qu'aujourd'hui vous en soyez instruite. Vous réglerez vous-même après votre conduite.
CÉCILE
Que est donc ce secret ?
LATOUR
Je ne vous dirai rien Qui ne soit très-exact; écoutez-moi donc bien. Mon père ayant été le gouverneur du vôtre , Des sentimens bien chers les joignaient l'un à l'autre ; L'élève parvenu dans un âge plus mûr , Dans son ancien mentor trouvait un ami sûr^
Enfin, lorsqu^il partit, sans qu'il lui fût possible De prévoir son retour, en ce moment terrible , II vous laissa , ma fille , aux mains de son ami , Avec cent mille ëcus. Us sont bien près d'ici. En argent, en bijoux de valeur peu commune , Un coffret précieux contient votre fortune.
Votre père en partant , victime du destin , Et comme rien alors ne lui semblait certain, Pour mieux vous assurer cette somme laissée, Défendit qu'elle fût aucunement placée; II en chargea mon père ,« et sans autre recours , n voulut qu'en nature on la gardât toujours.
De plus , il ordonna d'une manière expresse Qu'on ne vous laissât pas vous croire de richesse ; Et que, vous élevant avec simplicité , On éloignât de vous la folle vanité.
Avec vous un tel ordre était peu nécessaire ; . Mais ce qu'il a prescrit , nous avons dû le faire. Enfin on vous devait dire la vérité Quand vous auriez atteint votre majorité.
Vous y voilà , ma fille , aujourd'hui parvenue ; De vous votre fortune est maintenant connue ; C'est à vous d'en user, à vous de réfléchir; Vous êtes raisonnable et saurez bien choisir. II vous faut un époux ; que votre cœur déèide^
CÉCILE
Eh! quoi? n'êtes-vous plus mon tuteur et mon guide? Et quand tout mon bonheur dépend d'un choix pareil >